21.02.2008 11:09

RD Congo - Le choléra frappe la ville de Likasi

Categorie: A la une, RD Congo

21/02/2008 - RD Congo: Vivant sans accès à l’eau potable et dans des conditions d’hygiène extrêmement précaires, la population des quartiers pauvres de Likasi fait face à une épidémie de choléra. Cette “maladie des pauvres”, qui apparaît lorsque la population vit dans de mauvaises conditions d’hygiène et n’a pas accès à l’eau potable, peut tuer jusque dans 50% des cas si elle n’est pas traitée. Des épidémies de choléra surviennent régulièrement dans cette zone.

"Lorsque nous avons répondu à l’alerte de choléra, le 24 janvier dernier, l’hôpital de Likasi était complètement débordé", raconte Lucia Canziani, responsable médicale du Pool d’Urgence Congo de MSF. "Il n’y avait pas d’isolation prévue pour les malades, pas de désinfection au chlore, trop peu de moyens pour soigner correctement les patients. Le nombre de malades ne cessait d'augmenter, et il y avait trois personnes par lit. Tout en traitant en urgence les malades, nous avons construit des structures temporaires pour désengorger l’hôpital. Nous avons également formé le personnel médical."

Une très grande majorité des malades étant originaires de ce quartier pauvre, c’est à l’entrée de Kikula que MSF a installé un centre de traitement du choléra. Les risques de contagion sont très élevés et chaque personne doit respecter des règles très strictes de protection, à l'entrée comme à la sortie du centre de traitement. De plus, les mouvements sont limités. Seuls les enfants et les personnes âgées sont accompagnés.

A l’extérieur du centre de traitement, quelques dizaines de personnes attendent dans l’angoisse des nouvelles de leurs proches admis au centre. "Nous tentons de les rassurer", explique Dieudonné Bokwala, responsable du volet sensibilisation. "Nous en profitons pour leur expliquer les règles de base pour se protéger contre le choléra: bouillir l’eau, nettoyer les aliments, bien se laver les mains avant de manger…"

Pour apporter les messages de sensibilisation au plus près de la population, Dieudonné a identifié et formé 30 personnes dans les quartiers de la ville. "Ce sont mes relais communautaires. Ils réunissent les familles et diffusent les messages de prévention du choléra", ajoute Dieudonné. "Ils insistent aussi sur les symptômes de la maladie et sur l’importance d’amener rapidement les malades au centre." Aujourd’hui, en effet, trop de patients arrivent encore trop tard au centre de traitement et succombent à la maladie. Au début du mois de février, 21 personnes y sont décédées, en une semaine.

Le traitement et l’isolement des malades est aujourd’hui assuré, mais les racines de l’épidémie se situent au cœur de la communauté de Kikula. "Le système public de distribution d’eau est hors service", déplore Azaad Alocco, logisticien MSF. "Avec la saison des pluies, les ordures et les excréments contaminent les sources d’eau et les puits. C’est là que la population va puiser l’eau, pour la boire, pour cuisiner, pour se laver. Et ces gens agissent ainsi parce qu'ils n'ont pas d’alternative, parce qu'ils n'ont pas, depuis des années, accès à de l'eau propre et de l'eau potable."

MSF met en place un approvisionnement d'eau en urgence durant l'épidémie de choléra mais ce problème majeur d'accès à l'eau nécessite des investissements à long terme, à Likasi comme dans d'autres villes du Katanga.

Le dernier bilan des épidémies à Likasi et à Lubumbashi fait état de 4.623 patients, dont plus de 110 décès.

Dans les villes de Likasi et de Lubumbashi, 40 membres des équipes d’urgence de MSF travaillent aux côtés de plus de 200 personnes recrutées localement pour lutter contre le choléra.