05.08.2008 12:03
Pakistan - Du désespoir au paradis
Categorie: Sur le terrain, Pakistan
05/08/2008 - Depuis novembre 2007, MSF intervient auprès de la population du district de Swat, au nord-ouest du Pakistan, où sévit la guerre.Jusqu'il y a peu, le district de Swat était une destination très prisée par les jeunes mariés pakistanais pour leur lune de miel. Cette région, située dans la province frontalière du nord-ouest est aussi appelée la "petite Suisse pakistanaise" pour ses fabuleux paysages montagneux et son statut d'unique station de ski du pays. Mais les lunes de miel, le tourisme et les vacances de ski ont été balayés et remplacés par la violence, la peur et l’exode.
Le district de Swat avait, jusqu’alors, été épargné par les affrontements violents qui avaient éclaté, il a quelques années, entre les militants et l'armée pakistanaise le long de la frontière avec l'Afghanistan, pour le contrôle de la région. Après une trêve de quelques mois l’année passée, la situation se dégrade toutefois depuis septembre 2007, et le conflit touche aujourd'hui le Swat également.
"Les femmes et les enfants dormaient à même le sol des bâtiments, des écoles et des couloirs d'hôtel."
Les principales victimes de ce conflit sont les civils, coincés entre les tirs croisés des belligérants. Un grand nombre d'entre eux ont été tués, blessés ou forcés de fuir à maintes reprises pour échapper à la violence. La plupart de ceux qui ont fui se sont retrouvés à Saidu Sharif, la capitale du district. MSF y prodiguait déjà des soins de santé primaires dans le district voisin de Malakand mais, face à la sévère augmentation de violence, MSF a décidé d'intervenir aussi dans le district de Swat.
"Lorsque nous avons commencé nos interventions en novembre, il gelait, et la population était obligée fuir en raison des violents combats et des conditions de vie extrêmement dures," rappelle Fasil Tezera, Chef de Mission pour MSF au Pakistan. "Les femmes et les enfants dormaient à même le sol des buildings abandonnés, des écoles et des couloirs d'hôtel."
Pendant cette période, MSF, seule organisation internationale sur place, a distribué du matériel de premier secours pour permettre à la population de survivre à l'hiver : couvertures, tapis de sol, matériel pour construire des abris, kits d'hygiène et nourriture. Mais il s'est rapidement avéré que le conflit n'était pas près de se terminer et qu'il aurait un impact nettement plus important que le seul déplacement de nombreuses familles.
La plupart des infrastructures sanitaires des villages isolés ont dû être fermées, et la population s'est donc retrouvée privée des soins de santé même les plus élémentaires.
L'arrivée de nombreuses familles déplacées a provoqué une hausse de la demande en soins de santé, en plus des blessures de guerre que les structures sanitaires prenaient déjà en charge. L'équipe MSF a donc commencé à proposer son aide aux urgences de l'hôpital de Saidu Sharif et plus récemment à l'hôpital de Matta également.
Le conflit armé entrave fortement l'accès de la population aux soins de santé. Craignant pour leur sécurité, le personnel médical a lui aussi abandonné de nombreux postes. De ce fait, la plupart des infrastructures sanitaires des villages isolés ont dû être fermées, et la population s'est retrouvée privée des soins de santé même les plus élémentaires.
Cette situation a décidé MSF à organiser des cliniques mobiles en partenariat avec la Swat Doctors Society, un allié déterminant dans la région. Le nombre des consultations n'a cessé d'augmenter pour atteindre près de 6.000 consultations au mois de mai. Étant donné que les interventions ont commencé au début de l'hiver, un patient sur quatre environ a dû être traité pour une maladie respiratoire attribuable au froid.
"Une femme en train d’accoucher a été tuée à un poste de contrôle de l'armée alors que sa famille essayait d'arriver à l'hôpital dans un véhicule privé."
Dans région comme Swat, qui est régulièrement le théâtre de bombardements et d'attentats suicide et où les déplacements sont donc très limité, tout transport jusqu'à un centre de santé se transforme en véritable parcours du combattant. Nous avons donc mis sur pied un service d'ambulances clairement identifiables qui peuvent se déplacer partout et emmener sans risque les patients à l'hôpital. Pendant les nombreux couvre-feux imposés par les militaires, l'ambulance MSF est le seul véhicule autorisé à circuler.
"Le service d'ambulance constitue la pierre angulaire de notre intervention dans la région de Swat", explique Tezera. "Sur les cinq premiers mois de ce service, nous avons transporté près de 700 personnes dont la majorité nécessitaient une intervention d’une importance vitale. Pour beaucoup, ces patients étaient des victimes de violence et des femmes devant se rendre à l'hôpital pour accoucher."
Après qu'une femme ait été abattue à un poste de contrôle militaire alors que sa famille, dans un véhicule privé, essayait de la conduire à l'hôpital pour y accoucher, MSF a élargi ce service à la ville de Matta. Il est même arrivé qu'en une seule nuit, l'ambulance transporte 70 victimes d'un attentat-suicide. Ces exemples montrent l'importance vitale d'une impartialité bien claire et d'un service d'ambulances clairement identifiables dans la région.
"Le caractère hautement sensible du contexte nous a obligés à explorer de nouvelles manières de prodiguer des soins de santé dans la région," ajoute Tezera. "Les organisations internationales sont très mal vues, ce qui nous a empêchés d'envoyer du personnel étranger permanent. Par conséquent, nous avons opté pour la mise sur pied d’une étroite collaboration avec des groupes locaux."
Sans ces groupes et le personnel MSF pakistanais, cette intervention n'aurait jamais été possible. Leur connaissance du contexte, des normes et de la culture de cette population a grandement facilité notre intervention. Pour garantir le maintien de la qualité des soins, on suit les recommandations de traitement de MSF et on utilise la liste des médicaments essentiels de MSF, on distribue du matériel médical et des médicaments et on assure une supervision quotidienne par un médecin qui travaille pour MSF.
L'étape suivante de cette intervention, en plus de la poursuite des activités actuellement en cours, sera d'apporter un soutien psychologique aussi bien au personnel médical, confronté à des situations très difficiles, qu'à la population générale, victime de traumatismes récurrents, notamment de violence, de déplacement, de conditions de vie très dures et d'incertitude face à son avenir.
Les retentissements, tant directs qu'indirects, du conflit ont également poussé MSF à évaluer régulièrement les signes de malnutrition de la population. Les principales activités économiques de la région, l'agriculture et le tourisme, ont en effet été très touchées par la violence, ce qui menace de priver de nombreuses familles de leur gagne-pain. Qui plus est, les riches fermiers, qui soutiennent et protègent habituellement leurs employés pendant les périodes difficiles, ont fui vers des régions plus pacifiques, privant ainsi de nombreux paysans de cette sécurité.
A cette situation difficile s'ajoute encore le cas de 65 écolières brûlées ou blessées par des explosions de bombe. De ce fait, 18.000 élèves environ sont actuellement privés d'école et 500 enseignantes privées de travail. L'impact de ce conflit est énorme et touche tous les aspects de la vie de ce district.
L'évolution du conflit est difficile à prévoir, mais pour l'instant, aucun signe ne laisse prévoir le retour au calme. La présence de MSF et le soutien essentiel de ses partenaires locaux constituent un élément vital pour la population prise entre deux feux.
