16.01.2010 11:36

Interview de Laurent Dedieu - Haïti : Logistique de l’intervention médicale MSF

Categorie: Sur le terrain, Haïti

© Stefano Zannini MSF / exemple d'hôpital gonflable

16/01/10 - Haïti : Laurent Dedieu travaille en tant que superviseur de la logistique pour Médecins Sans Frontières (MSF) dans des projets en Haïti. Depuis le tremblement de terre qui a frappé Port-au-Prince le 12 janvier, il a été fréquemment en contact avec les équipes sur le terrain et a aidé à organiser l’intervention de MSF d’un point de vue logistique. Il décrit ici les défis logistiques auxquels font actuellement face les équipes.

Quels sont les défis logistiques auxquels les équipes font face aujourd’hui?
À l’heure actuelle, nous nous efforçons encore de soigner les patients dans des conditions très difficiles. Le plus grand problème est le fait de ne pas avoir de structures médicales dans lesquelles nous pouvons les prendre en charge. Toutefois, nous avons été en mesure de trouver un espace libre suffisamment grand pour accueillir l’hôpital gonflable qui devrait arriver demain. Nous prévoyons donc d’avoir un hôpital de 100 lits avec une unité chirurgicale d’ici la fin de la semaine.

Qu’en est-il des autres aspects logistiques requis pour les opérations chirurgicales comme l’eau et l’électricité?
Nous avons de l’eau pour une durée d’une semaine environ ainsi que des générateurs pour l’électricité. L’hôpital arrive avec tout l’équipement logistique, le matériel d’assainissement, des appareils de radiographie, etc. Il s’agit en quelque sorte d’un hôpital prêt à l’emploi.  La grande problématique reste l’approvisionnement en carburant. Il est impossible de trouver du gazole dans la ville. En ce qui concerne les projets MSF avec lesquels je suis en contact, nous avons une réserve de carburant pour environ deux ou trois jours maximum. Nous devons donc commencer notre travail avec une chaîne d’approvisionnement d’urgence, provenant soit de Saint-Domingue en République dominicaine, soit de Miami. Nous ne savons pas encore quelle sera la meilleure solution.

Et comment les équipes recevront-elles le matériel supplémentaire?
Aujourd’hui, nous avons 20 travailleurs internationaux qui arrivent à Port-au-Prince et demain, 15 personnes de plus devraient arriver. Deux avions charter pleins apporteront en même temps l’hôpital et les fournitures médicales de nos stocks à Bordeaux. Ceci est notre priorité numéro un. Par la suite, notre priorité sera de mettre sur pied une chaîne d’approvisionnement. Avant le tremblement de terre, tous les biens disponibles en Haïti étaient importés des États-Unis. Néanmoins, ces entreprises ne seront pas en mesure d’organiser une chaîne d’approvisionnement adéquate avant plusieurs semaines peut-être, donc nous devrons en mettre une en place nous-mêmes. Nous savons que la route de Saint-Domingue est ouverte. Nous étudions aussi la possibilité d’utiliser la voie marine, mais le problème est que le port de la ville est en très mauvais état. Il se peut que nous ayons à utiliser le port d’une autre ville du pays qui n’a pas subi de dommages.

Il y a-t-il encore beaucoup de problèmes avec le transport aérien?
Le transport aérien pose encore beaucoup de difficultés. Le principal problème est la capacité limitée de l’aéroport de Port-au-Prince. Il ne peut pas accueillir plus d’un certain nombre d’avions sur le tarmac en même temps, et les atterrissages doivent cesser lorsque ce nombre est atteint. Si certains avions restent sur place plus longtemps que prévu, cela cause des retards. En raison des dommages et du manque d’éclairage, les avions ne peuvent pas atterrir pendant la nuit. Nous n’avons donc que la moitié du temps normal pour arriver. Je ne sais pas quand ce problème sera résolu. Cela veut dire qu’on doit passer beaucoup de temps à contacter les autorités et à faire pression pour que notre avion soit autorisé à atterrir.

Après des besoins immenses en eau et en nourriture à Port-au-Prince, MSF prévoit-elle de satisfaire cette demande?
Nous parlons de 3 millions de personnes qui n’ont plus aucun accès à la nourriture, à l’eau ni à l’hygiène. C’est un défi considérable, et même si nous ne pouvons pas aider toute la ville, il est fort probable que MSF sera capable de satisfaire une partie de ces besoins. Nous n’assurons pas d’approvisionnement en eau pour l’instant, mais lorsque ce sera le cas, nous devrons installer des sources d’approvisionnement en eau qui soient accessibles et non contaminées. Dans un deuxième temps, nous devrons réfléchir à d’autres stratégies, comme notamment creuser des puits ou traiter l’eau, peut-être en faisant un traitement de l’eau de mer puisque nous sommes prêts de l’océan.

Les équipes MSF ont-elles été confrontées à des problèmes de sécurité jusqu’à maintenant?
Non, mais la population a encore les nerfs à fleur de peau, et beaucoup de rumeurs circulent sur la possibilité d’un deuxième tremblement de terre et de la montée du niveau de la mer. Cela pourrait générer un vent de panique. Le manque de nourriture et d’eau est aussi une source de tension. Nous avons aussi des règles de sécurité MSF standard : notamment celles de nous identifier, de limiter nos déplacements après la tombée de la nuit, limiter là où nous nous rendons, pas d’armes à feu dans les structures médicales, et bien entendu, surveiller de près la communauté. Qui plus est, nos interventions de haute qualité sont aussi un gage de sécurité.

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