12.09.2007 14:06
Kenya - La crise cachée de Mont Elgon
Categorie: Sur le terrain, Kenya
12/09/2007 - Kenya: Le conflit qui fait actuellement rage dans la région montagneuse et volcanique du Mont Elgon, dans l'ouest du Kenya, a éclaté il y a environ un an. Il est souvent présenté comme résultant d'une discorde entre deux clans, les Soy et les Ndorobo, à propos de partage de terres. Pourtant, réduire cette situation complexe à une telle dichotomie, comme c'est souvent le cas lorsqu'il est question de conflits, n'est pas seulement simplificateur mais aussi trompeur.Au-delà de la division entre clans, d'autres facteurs doivent être pris en considération comme notamment les habitudes pastorales des uns s'opposant aux pratiques agricoles des autres, les questions de droit foncier, le règlement de comptes ancestraux, les revanches et contre-revanches ainsi qu'une sensibilité politique de longue date entourant la question de la répartition des terres dans cette partie du Kenya.
Aujourd'hui, la population civile est prise au piège de la violences qui fait rage entre le Groupe de Défense pour la Terre des Sabaots, entré en rébellion contre les plans de distribution des terres émanant du gouvernement central, la vaste opération de police qui tente de répondre à la violence et à l'anarchie régnant au sein du district de Mont Elgon, et des groupes criminels profitant du chaos actuel. Les résidants et les personnes déplacées font face à une crise humanitaire aiguë. Très peu d'attention a cependant fait suite à la situation pressante que vivent ces gens.
MSF est une des rares organisations d'aide qui apporte un secours aux personnes touchées par le conflit dans la région. Elle est le seul acteur d'aide international présent sur place de façon permanente. Afin de répondre aux conséquences de la violence contre les civils, les activités de MSF se concentrent principalement sur l'accès aux soins de santé gratuits à travers un support aux structures de soins de santé primaire, des activités de vaccination mais aussi des cliniques mobiles dans les zones les plus reculées et les plus sensibles.
A Kopsiro, par exemple, une zone proche de la ligne de séparation entre les deux communautés, les personnes ont fui, craignant pour leur vie. Le personnel médical civil n'a pas fait exception: trop effrayé pour aller travailler, il a fui la région. MSF a rouvert la structure de santé et a commencé à faciliter le transport du personnel médical dépendant du ministère de la Santé, aidé par du personnel médical additionnel dépêché par MSF.
Effrayés
Depuis le mois d'avril, plus de 14.000 consultations ont pris place au dispensaire de Kopsiro, au centre de santé de Kapsokwany et dans les tentes mises en place par MSF lors des cliniques mobiles. Des produits de première nécessité comme des couvertures et des habits ont aussi été distribués aux familles, étant donné les faibles températures de cette région de haute altitude, qui peuvent parfois descendre sensiblement les nuits. Mais au-delà des soins de santé, de nombreux habitants viennent chercher sécurité et refuge dans les centres de santé.
"Les gens sont terrifiés", explique Rémi Carrier, coordinateur des programmes de MSF au Kenya. "Récemment par exemple, des échanges de tirs lourds ont eu lieu le 27 août à l'extérieur du dispensaire de Kopsiro, ce qui a poussé quelque 150 personnes terrorisées à venir trouver refuge et sécurité dans la structure de santé. Le manque de protection est le problème central pour le moment."
Le nombre de traumatismes physiques (comme des chevilles cassées du fait de mauvais traitements, des violences sexuelles, etc.) ainsi que des traumatismes psychologiques augmente, et la malnutrition liée à un accès réduit à la nourriture ou aux récoltes est une autre conséquence de cette violence.
M. est une femme dans la trentaine. Elle explique comment les familles sont éparpillées partout sur le territoire à cause de la violence entre les différentes parties au conflit. "Les gens ont peur et s'enfuient. Ils frappent tout le monde même les jeunes enfants. Ils nous frappent avec des bâtons, nous battent, nous volent notre argent et nous donnent des coups de pied. Parfois, ils font aussi de mauvaises choses aux femmes. (...) Donc les gens se cachent dans la forêt ou dans les champs de maïs. Parfois, les gens restent cachés là pendant des mois. Nous mangeons dans la main des autres..."
Un autre homme raconte sa fuite: "Je suis parti à cause des combats. Les gens se faisaient massacrer. J'ai été menacé de mort. Nos biens nous ont été pris à l'intérieur de nos maisons. Les maisons ont été brûlées. Nous ne pouvions plus rester là. Ma mère et mon frère ont été tués. Ils allaient chercher des légumes. Ils remontaient le chemin quand ils se sont faits attaquer. C'est arrivé le mois dernier."
Dans un contexte de violence grandissante et de besoins pressants liés à l'insécurité, la présence limitée sur place d'acteurs de l'aide (MSF et la Croix Rouge kenyane actuellement) n'est plus suffisante. "Ce dont MSF est témoin dans le district de Mont Elgon est une situation désespérée. Les gens souffrent et leurs besoins ne sont pas couverts. La situation actuelle s'est détériorée en-deçà de toute dignité humaine. Il est donc de la plus grande importance que les acteurs ayant le mandat et la responsabilité de protéger ces civils interviennent et portent toute leur attention vers la situation dans laquelle vit cette population. Aujourd'hui plus que jamais", conclut Carrier.
