18.03.2010 08:54

Chili - MSF offre de l’aide psychologique, des ateliers de travail et de formation pour aider la population à surmonter ses peurs

Categorie: A la une, Chili

© Carolina Heidenhain /MSF

18/03/10 - Chili : Les nombreuses secousses qui ont suivi le tremblement de terre du 27 février au Chili ont aggravé le stress d’une population déjà bien secouée. En réponse au désastre, Médecins Sans Frontières (MSF) a donc décidé de faire des soins en santé mentale une de ses priorités. En raison du refroidissement nocturne progressif et de l’augmentation des risques de précipitations, MSF a accéléré sa distribution de bâches en plastique et de couvertures pour toutes les personnes dont les habitations ont été endommagées et qui, pour la plupart, se sont rassemblées dans des campements extérieurs.

L'équipe psychologique de MSF offre des services de consultations thérapeutiques directes, des ateliers de soutien psychosocial pour divers groupes et des séances de comptes-rendus pour le personnel médical. MSF prête aussi main forte aux autorités locales en formant des travailleurs humanitaires qui seront déployés vers les zones touchées en vue d’apporter des soins en santé mentale.

Quinze jours se sont écoulés depuis la première secousse mais les répliques se poursuivent. Plusieurs secousses d’intensité forte ont laissé la population profondément choquée, qui semble revivre le traumatisme causé par la première secousse à chaque fois qu’une réplique se produit. María Eugenia Mesa travaille à l'hôpital de Hualañé. Cet hôpital, qui a été sérieusement endommagé, ne possède qu’une aile en état de fonctionnement. Ainsi, beaucoup de patients nécessitant une hospitalisation doivent être dirigés vers les centres de soins des villes avoisinantes. María dit que les blessés physiques qui arrivent à Hualañé sont moins nombreux que les personnes souffrant d’état de panique aigu. « Je suis également en état de panique dû aux tremblements », ajoute-t-elle. « La nuit, s'il y a une secousse un peu plus forte que la moyenne, je me rue immédiatement dehors et y passe la nuit. » La fragilité émotionnelle que la situation actuelle exerce sur María Eugenia et ses collègues est flagrante, ce qui explique pourquoi María s’est portée volontaire pour participer à un groupe de travail organisé par MSF dont l’objectif est d’aider le personnel de l'hôpital de Hualañé à exprimer ses angoisses.


« Le personnel médical est particulièrement marqué par cette catastrophe, de même que le personnel de santé qui doit contrôler sa propre détresse émotionnelle ainsi que celle de ses patients », explique Lina María Peñaranda, une psychologue MSF. « Dans les activités de groupe que nous avons organisées, les participants ont pu rendre compte qu'ils n'étaient pas les seuls à éprouver de telles émotions et sont parvenus ainsi à accepter leurs propres émotions. Ils peuvent ainsi voir ce qu'ils ont vécu comme une expérience à exploiter et cesser de se considérer comme des victimes. »

On retrouve une dynamique semblable dans beaucoup de couches de la population. MSF a offert des activités psychosociales dans une maison de repos où un bâtiment s'était effondré causant la mort d’un de ses occupants. Dans des camps le long de la côte, des soins psychologiques ont été également prodigués à des enfants, des femmes et des pêcheurs qui ont affirmé souffrir de troubles du sommeil, d’un manque d’appétit et de l’angoisse de retourner chez eux.

Une autre préoccupation, particulièrement pour les enseignants, est de savoir comment traiter les conséquences psychologiques du séisme chez les enfants dès que l'année scolaire aura repris dans les prochaines semaines. Alejandro Cabello, professeur en religion ayant visité la ville côtière d'Iloca, raconte que « les enfants sont bouleversés. Beaucoup vivent dans des tentes installées sur la partie la plus élevée de la colline parce que leur maison a été détruite. En tant qu’enseignants, nous sommes préoccupés par la façon dont nous allons gérer les étudiants en classe. Mais d'un autre côté, il s’agit de redémarrer l’école au plus vite. » « Dans une situation comme celle-ci », ajoute la psychologue Lina María Peñaranda, « les enseignants doivent permettre aux enfants d’exprimer leurs peurs. MSF proposera aux enseignants de Licantén un groupe de travail qui devrait leur fournir les outils nécessaires pour reconnaître et traiter les différents troubles du comportement que les enfants pourront présenter.


Lorsqu’il se prolonge, un stress psychologique peut également avoir des conséquences néfastes sur la santé physique. « Le stress causé par le tremblement de terre a également porté atteinte à la santé physique de certains patients, notamment ceux souffrant d'épilepsie, de diabète ou d'hypertension », explique le Dr Franking Frías, membre de l'équipe médicale de MSF au Chili. « Dans ce type de situation, ces patients ont tendance à “décompenser”. À cela s’ajoute le fait que bon nombre de ces patients ont souvent perdu leurs médicaments. » De même, une équipe MSF offrant des consultations médicales dans des camps des régions côtières de Concepción s’est aperçue que de nombreuses personnes présentaient des symptômes liés à l'anxiété.

Distribution de kits d’hygiène et de fournitures médicales

Bien que de nombreux hôpitaux aient été endommagés dans les zones sinistrées, la plupart ont conservé une bonne capacité d’intervention et restent bien pourvus en personnel. Dans ces hôpitaux, les employés médicaux MSF apportent les soins médicaux spécifiques nécessaires, offrent des consultations à domicile pour les patients qui refusent de quitter leur maison pour se rendre dans les centres médicaux, et distribuent des fournitures médicales afin de minimiser les risques de pénurie dans le système de santé.

De plus, après avoir consulté les autorités locales et travaillé avec les populations de la région pour déterminer les besoins, MSF entreprend des distributions ciblées de kits d'hygiène, de bâches en plastique et de couvertures dans les secteurs évalués par son personnel. Un homme prénommé Eugenio, qui a reçu un kit MSF, vit avec son épouse, son père et ses trois enfants âgés de un, trois et neuf ans, dans une maison située en bordure de route à la périphérie de Licantén. Bien que sa maison tienne encore debout, de nombreuses pièces sont fissurées. La stabilité de la structure n'a pas encore été vérifiée par des experts en bâtiment, ce qui contraint Eugenio et sa famille à dormir dans une petite tente à l’extérieur. « Chaque nouvelle secousse nous rend plus nerveux et les plus jeunes ne cessent de pleurer », dit-il.

Dans les villes qui ont été dévastées, des bénévoles aident à distribuer des provisions offertes aux personnes touchées. La plupart de ces bénévoles ont également été frappés, soit matériellement, soit psychologiquement, mais le fait de demeurer actifs les aide à remonter la pente. « On recommande toujours aux personnes dans ces situations de rester actives soit en participant à des activités pour elles-mêmes, soit en aidant les autres. De cette façon, elles ont moins de temps libre pour se laisser submerger par l’angoisse ou penser au prochain tremblement de terre », explique Lina María Peñaranda.

Dans les zones sinistrées, on remarque l’élan de solidarité et de collaboration de la population chilienne. Le long de la route de Santiago à Talca, beaucoup de camions et de voitures brandissant des drapeaux chiliens font route vers le sud, prêts à approvisionner et à collecter toutes sortes d’articles de première nécessité. Au fur et à mesure qu’ils apportent leur aide, médecins, infirmières et psychologues volontaires sont rejoints par des étudiants universitaires et des habitants des villes touchées. « Tout le pays s’est engagé de pied ferme vers la reconstruction », déclare Carlos Haro, coordinateur général de l'intervention de MSF au Chili. « La population reprendra le dessus. »

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