14.12.2007 18:54
Ouganda - MSF intervient pour enrayer l'épidémie d'Ebola
Categorie: Sur le terrain, Ouganda
14/12/2007 - Ouganda: Le 11 décembre au soir, 115 cas de fièvre Ebola, dont 31 décès, ont été confirmés officiellement.
Deux sites sont concernés par cette épidémie, Bundibugyo et Kykio. Les unités d’isolement mises en place y abritent respectivement 11 et 10 patients. Entre vendredi soir et lundi, 7 patients sont décédés. Au total, 11 patients ont pu sortir de l’unité d’isolement et rentrer chez eux car ils ne représentaient plus de risques pour la communauté. MSF a effectué une mission exploratoire le vendredi 30 novembre, lendemain de la déclaration de l’épidémie par le Ministère de la santé à Kampala. Dimanche 2 décembre, la première équipe arrivait sur le site. Aujourd’hui, 31 expatriés sont sur le terrain. Ils ont pour mission la prise en charge des personnes ayant contracté la maladie et l’interruption, au plus vite de la chaîne de transmission. Quant à l’évolution de cette épidémie qui serait due à un type nouveau de virus, il est trop tôt pour se prononcer.
Des unités d’isolement efficaces
Les priorités d’action ont été définies en collaboration avec le comité de crise. La première a été l’aménagement de l’unité d’isolement à l’hôpital de Bundibugyo. En parallèle, pour éviter les infections nosocomiales, le service de chirurgie a été arrêté (sauf urgence vitale), ainsi que les activités de laboratoire (sauf transfusion d’urgence) et toutes les injections (dont les vaccinations).
Les équipes ont aussi formé le personnel de l’hôpital à la prise en charge de l’Ebola et distribué du matériel de protection. L’unité d’isolement de Kykio est aujourd’hui fonctionnelle.
Le « case management »
La prise en charge des cas ou « case management » comprend la prise en charge clinique des patients, l’hygiène hospitalière, les précautions universelles, mais aussi le suivi des personnes contactes. Le personnel médical MSF a commencé à travailler le 3 décembre dans l’isolement de Bundibugyo avec deux médecins, deux infirmiers et deux logisticiens expatriés, tous ayant une déjà travaillé lors d’épidémies de fièvres hémorragiques. Une moyenne de 17 membres du personnel médical ougandais participent à la prise en charge clinique des patients. Certains d’entre eux avaient précédemment travaillé lors de l’épidémie d’Ebola de Gulu (Ouganda) en 2000.
Une partie du personnel expatrié médical et une partie du personnel logistique et sanitaire, avait travaillé dans le Kasai (RDC) lors de l’épidémie d’Ebola, en septembre 2007.
Il n’y pas à ce jour de traitement pour cette maladie mortelle, lors de la plupart des épidémies recensées, dans 50 à 90% des cas. L’essentiel du travail médical consiste donc en des soins palliatifs et en un soutien aux malades : nutrition, hydratation, prise en charge de la douleur, traitements des pathologies concomitantes (paludisme et surinfections).
En parallèle, une équipe MSF se charge aussi du transfert en ambulance des patients identifiés comme étant fortement à risque d’être contaminés. Une dernière équipe se charge d’accompagner les défunts vers leur sépulture dans les concessions des familles.
Nouvelle souche et confirmation des cas
Jusqu’à aujourd’hui, seuls 9 cas avaient été confirmés par le laboratoire du CDC d’Entebbe (Uganda Virus Research Institute). Une partie des résultats des prélèvements faits depuis le lundi 3 décembre vient de parvenir à l’équipe MSF de Bundibugyo. A partir de maintenant, les cas suspects vont donc pouvoir être séparés des cas confirmés.
La surveillance
La surveillance consiste à retrouver les personnes qui ont été au contact des malades. Remonter ainsi la chaîne de la transmission a pour but de l’interrompre, tout en prenant soin des personnes potentiellement atteintes.
Les cérémonies funéraires et la fréquentation des centres de santé de Bundibugyo et Kykio avant la mise en place d’unités d’isolement efficaces, comptent pour beaucoup dans la progression de l’épidémie. Selon les premiers résultats de l’analyse épidémiologique en cours, les cas proviendraient de 32 villages.
Comme la région de Bundibugyo est très peuplée (250.000 habitants) et montagneuse (la Montagne de la Lune domine Bundibugyo), les villages souvent inaccessibles par véhicule, cette surveillance peut devenir un travail titanesque que MSF partage avec les autres organisations présentes. La Croix Rouge et les comités de paroisse se chargent désormais de ces suivis et avisent MSF lorsque des personnes malades sont identifiées. MSF se concentre donc désormais sur les interventions directes avec les personnes présentant des signes tangibles de contamination.
Sachant que chaque nouveau patient a un nombre de 10 à 20 « contacts », que les contacts des cas déchargés doivent continuer à être suivis jusqu’à la fin des trois semaines, le nombre des contacts devient très important. On en dénombre plus de 400 pour l’instant.
Peur et Ostracisme
La population a peur mais on ne peut pas parler de panique. On ne constate pas de manifestations de rejet des équipes médicales ou sanitaires qui interviennent parmi la population pour aller chercher les malades, interroger les personnes ayant eu des contacts ou qui vont pour accompagner les enterrements. Par contre, la mise à l’écart des personnes qui se sentent malades, des proches des patients et du personnel de santé qui compte à ce jour 5 victimes dans ses rangs, dont un médecin, est de plus en plus inquiétante. Ce personnel avait déjà déserté l’hôpital avant l’arrivée de MSF. Une visite dans des structures de santé périphériques où des cas avaient été déclarés montre qu’encore aujourd’hui elles sont vides de personnel et désertées par les populations. Une aide sociale sera apportée aux familles des malades. Comme sur d’autres épidémies du même type, il arrive parfois que ne restent plus que les enfants et les personnes âgées dans certaines familles durement touchées. Ceci sera évalué au fur et à mesure afin de proposer des solutions.
Mobilisation Sociale : informer et sensibiliser
La mobilisation sociale est assurée par les autorités qui travaillent avec une anthropologue MSF sur les messages transmis. Ces derniers visent à faire connaître les symptômes de la maladie, comprendre son mode de transmission, à expliquer ce qui doit être fait et comment on peut éviter d’être soi-même contaminé. En toile de fond, ces messages doivent empêcher la stigmatisation des « personnes-contacts », un phénomène en accroissement.
