27.08.2007 11:27
Pérou - Le traumatisme psychologique est devenu une épreuve quotidienne
Categorie: A la une, Pérou
27/08/2007 - A Humay, Pisco et dans les dizaines de localités alentour, la vie reprend peu à peu. Mais pour les survivants du séisme, des souvenirs douloureux jusque-là volontairement oubliés refont surface, entraînant chacun d'eux dans une spirale traumatique. Aujourd'hui, le volet santé mentale est plus que jamais une priorité pour MSF. Ils vivent entre deux anneaux de basket-ball dans le petit stade du "Complejo Deportivo" de Humay. On les appelle ici "Olvidados", les Oubliés. Leurs maisons ont été complètement détruites lorsque le tremblement de terre a frappé ce mercredi 15 août. Enfants, adultes, anciens - et une bonne poignée de chiens - habitent aujourd'hui des tentes et des petites cabanes faites de bâches en plastic.
La petite ville de Humay, qui compte d'environ 6.000 habitants, est située à 45 km de Pisco. Elle a été violemment frappée par le séisme, si bien qu'il ne reste aujourd'hui qu'environ un tiers des habitations. Et une église en ruine.
Ce matin, les occupants du Complejo Deportivo ont été conviés à une "charla psycho-éducative" organisée par les psychologues de MSF. Patricia Salazar, péruvienne, et Michèle Schutz, luxembourgeoise, font partie de l'équipe de cinq psychologues mobilisés par MSF à Pisco et alentour pour développer un programme de santé mentale. La "charla" est une série de jeux et de discussions en groupe devant donner des outils pour mieux exprimer et gérer ses sentiments, après une expérience potentiellement traumatisante comme un tremblement de terre.
"Nous essayons d'expliquer que la perte d'appétit, l'anxiété, les nausées ou encore les troubles du sommeil, ne sont pas anormaux", explique Michèle. "Ce sont des réactions normales qui font suite à une expérience hautement anormale. Ces personnes ont souvent perdu des êtres chers, le tremblement de terre a bouleversé la vie entière de ces personnes, tout leur quotidien s'est effondré. Il y a plusieurs deuils à faire... Et l'angoisse du lendemain et d'éventuelles nouvelles secousses reste grande."
Le programme MSF de santé mentale est mis en place à Pisco et dans les localités plus reculées de l'intérieur du pays, parallèlement à l'offre de soins médicaux, à la distribution de couvertures, de matériel de cuisine et d'hygiène.
Pendant que Michèle lance un atelier de dessin avec les jeunes enfants, Patricia rassemble une dizaine d'adultes et de plus anciens. L'un des jeux proposés est une sorte de mime collectif. Le premier groupe mime une maison. Celle-ci ne s'effondre pas, mais se dissout gaiement dans un éclat de rire. A la fin de la charla, une femme visiblement émue remercie Patricia pour son aide, "le seul soutien" qu'elle a reçue depuis le tremblement de terre. Les personnes qui le désirent peuvent ensuite demander une consultation individuelle avec la psychologue.
A côté d'un téléviseur déposé à ciel ouvert sur un meuble, les enfants terminent leurs dessins. Maria Luisa, dix ans, déborde d'énergie. C'est elle qui rédige le message du jour, qu'on affichera ensuite sur le flanc d'une cabane en carton: "Nous devons être unis dans les moments difficiles que nous traversons et vivre en harmonie, paix, amitié, amour, confiance et tendresse entre tous."
Mais quand Michèle s'adresse à Maria Luisa et essaie d'explorer un peu plus le moment du tremblement de terre, les images de cette soirée noire et froide refont surface. Le grondement interminable et l'enfer de poussière est encore là. Et les pleurs sont inévitables.
