21.10.2011 10:32
Haïti - Le choléra continue d'infecter des centaines de personnes chaque jour
Categorie: A la une, Haïti
21/10/2011 - Haïti: Alors que la maladie était absente du pays depuis environ un siècle, en octobre 2010, Haïti a été frappée par une vaste épidémie de choléra. Un an après, en octobre 2011, plus de 465.000 cas de choléra et 6.500 décès liés à cette maladie ont été enregistrés sur l'ensemble du territoire. Certaines communautés ont été infectées deux fois. Pour enrayer l'épidémie, il est vital de renforcer et d'étendre les mesures de prévention. Le Dr David Olson, référent médical MSF pour les maladies diarrhéiques, fait le point sur la possibilité d’utiliser la vaccination contre le choléra en Haïti. Quelles options vaccinales sont aujourd’hui disponibles pour lutter contre le choléra ?
Les vaccins contre le choléra existent depuis des décennies, tout d’abord par voie injectable pour les voyageurs et les soldats, même si les effets secondaires et la faible efficacité les rendent inutilisables pour une vaccination de masse. De fait, ils ne sont quasiment plus utilisés. Plus récemment, des vaccins oraux (OCV) ont été mis au point et utilisés dans des zones d’endémie. Les tests ont démontré leur efficacité et l’absence de graves effets secondaires. Bien que la protection immunitaire demeure relativement courte, de 2 à 3 ans, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande depuis 10 ans l’utilisation des OCV comme outil de prévention en parallèle d’actions dans les domaines de l’eau et de l’assainissement.
Il y a actuellement 2 OCV disponible sur le marché. Le Dukoral, fabriqué par Crucell, existe depuis plus de 20 ans tandis que le Schanchol, mis au point par Shantha Biotech, a été récemment pré-qualifié par l’OMS. Tous les deux nécessitent deux doses séparées de 2 semaines, ne protègent qu’à partir d’une semaine suivant la seconde prise. Au niveau clinique, il n’y a véritablement de différence entre les deux au niveau de l’efficacité, évaluée à 70% pendant 2 ans los d’essais cliniques. Néanmoins, l’ancien vaccin doit être dilué avec une solution tampon avant d’être avalé tandis que le plus récent est une simple solution de 2 millilitre qui peut être versé dans la bouche de la même façon que le vaccin contre la poliomyélite. Au niveau logistique, ce dernier serait donc plus pratique et son prix d’environ 1.2 euros par dose reste abordable.
Est-ce qu’une vaccination de masse pourrait stopper l’épidémie qui sévit actuellement en Haïti ?
Sans améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, le choléra continuera d'apparaître. Aujourd’hui, près de la moitié des Haïtiens n’ont pas accès à l’eau potable et près de 80% ne disposent pas de système d’assainissement. Cela signifie qu’il faut considérer quasiment la totalité de la population comme étant à risque de développer la maladie. Vacciner tout le monde comme le gouvernement l’exigeait initialement, pose plusieurs problèmes.
Tout d’abord, les fabricants sont-ils en mesure de fabriquer suffisamment de vaccins? On parle de 20 millions de doses, qui à l'heure actuelle, ne sont pas disponibles sur le marché. Même en additionnant les capacités de production des deux fabricants. L’argent est un autre paramètre important. Les vaccins seuls coûteraient au minimum 25 millions d’euros, auxquels il faut ajouter les coûts logistiques et les ressources humaines. N’oublions pas que la protection contre le choléra ne durera que 2 ans et sera efficace pour deux-tiers des personnes vaccinées. Si un choix financier devait s’effectuer, investir cet argent dans une amélioration durable de l’accès à l’eau et l’assainissement serait probablement un meilleur calcul.
La vaccination contre le choléra peut-elle néanmoins être utile en Haïti ?
Un moyen d’avoir un impact significatif serait de cibler ceux qui se n’ont pas accès à des structures médicales ou à des mesures de prévention. En milieu urbain, il est a priori plus simple de traiter les malades et de distribuer de l’eau et du savon, et de diffuser de l’information. Cela est beaucoup plus compliqué en montagne ou en milieu rural, alors que le choléra parvient aussi jusque-là. Il ne sera pas facile de vacciner dans ces zones, mais ce sera encore plus difficile d'intervenir en urgence pour traiter les malades.
Mais c’est un choix qui ne relève pas de la responsabilité de MSF. Il y a toujours beaucoup de pression pour déterminer qui doit être vacciné. Cela nécessite l’intervention du gouvernement. Vacciner est parfois un acte aussi politique que médical.
