Journée mondiale du VIH/Sida 2011 - Marche arrière sur la lutte contre le Sida, par manque de volonté politique et d’argent
01/12/2011 - VIH/sida: Jamais, il n'y a eu autant de personnes infectées par le VIH/Sida. Elles sont 34 millions dans le monde. Les solutions pour freiner l’épidémie existent. Pourtant, la situation se détériore au lieu de s’améliorer. En cause : le manque de volonté politique et la baisse drastique des fonds alloués à la lutte contre la maladie.
Depuis 2009, les moyens financiers consacrés à la lutte contre le VIH/Sida n’ont fait que diminuer. Le Fonds Mondial, l'organisation internationale chargée de financer les programmes de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria, est dans une situation financière catastrophique et a tout simplement annulé son financement de projets pour 2011, par manque de ressources.
Que dire aux patients ?
Ce constat est dramatique pour les patients, dont la vie dépend de la continuité de cette aide. Dans certains pays, la baisse des fonds disponibles se fait déjà sentir. Au Zimbabwe on puise déjà dans les dernières réserves de médicaments, et on va manquer de financement très bientôt pour continuer à traiter les patients. Au Congo, 88% des personnes contaminées n’ont pas accès aux antirétroviraux. Du coup, consciemment, les autorités limitent les tests de dépistage car on ne peut garantir qu’ils auront accès à un traitement après leur dépistage. Les moyens manquent pour soigner les patients.
D'autres pays, ces dernières années, ont investi énormément dans la lutte contre la maladie. Les résultats sont extrêmement positifs. Malheureusement, leurs ambitions devront être revues à la baisse. Au Kenya, par exemple, les autorités voulaient garantir à vie les besoins en antirétroviraux des femmes enceintes. Le nombre de bébés nés séropositifs aurait radicalement chuté.
Au Mozambique, les patients devaient être traités dès les premiers symptômes et avec des médicaments de meilleure qualité. Sur le long terme, cela aurait réduit les coûts du suivi de ces mêmes patients et cela aurait limité fortement la transmission de la maladie.
Ces stratégies prometteuses ne pourront malheureusement pas être appliquées. Le Fonds Mondial a demandé à certains pays de ne pas soumettre de propositions au Fonds Mondial cette année, car il n’y a plus d'argent . Ces coupes dans le financement interviennent alors que nous avons aujourd’hui les connaissances, les stratégies et des instruments de plus en plus efficaces pour enrayer la maladie !
En asséchant le Fonds Mondial, les gouvernements contributeurs envoient un message très clair aux programmes de lutte contre le SIDA des pays les plus pauvres. Arrêtez de mettre sous traitement des patients, vous n’en avez plus les moyens. Le signal est froid et brutal. Certains pays contributeurs n’hésiteront pas à utiliser la crise économique et financière comme excuse.
Une excuse qui va hypothéquer la vie de centaine de milliers de personnes.
DOSSIER SPECIAL
Aymeric Péguillan, chef de mission pour MSF au Swaziland expose son point de vue à propos des conséquences de la suppression du financement du Fonds Mondial pour 2011, en raison d’une baisse des fonds alloués à la lutte contre le VIH/sida. Télécharger son témoignage en PDF (95,0 KB).
"10 ans qui ont changé ma vie"
Télécharger le dossier "2001 – 2011 : 10 ans de traitement antirétroviral par MSF au Malawi"(760 KB).
* Les fonds des différentes Rounds (ou séries) du Fond Mondial sont des allocations annuelles octroyées aux pays qui en font la demande afin de supporter leurs programmes de lutte nationaux contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

