Afrique du Sud - Le piège des expulsions et du vide politique se referme sur les migrants
03/08/2011 - Afrique du Sud: Médecins Sans Frontières (MSF) est vivement préoccupée par les stratégies mises en place par les autorités sud-africaines dans le domaine de l’immigration. Celles-ci n’ont en effet aucun impact positif sur la terrible crise humanitaire qui frappe les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile vulnérables.
Les stratégies actuellement en place incluent surtout des expulsions forcées de migrants vivant dans des immeubles délabrés de Johannesburg et la déportation massive de sans-papiers, forcés de quitter le pays. Or, la migration d’origine humanitaire est un phénomène complexe qui exige une vision régionale et des solutions proactives afin de résoudre la crise régionale qui a conduit ces groupes à venir s’installer en Afrique du Sud.
Aux yeux des migrants et des demandeurs d’asile, confrontés à une terrible détresse humanitaire, l’Afrique du Sud apparaît comme un pays sûr et stable par rapport aux régions qu’ils fuient (comme le Zimbabwe, la Somalie, voire d’autres régions sud-africaines).
Gabriele Santi, coordinateur du projet MSF à Johannesburg explique : « Ces immigrés n’ont eu d’autre choix que fuir leur région d’origine, cherchant désespérément à survivre économiquement et à aider leurs familles restées là-bas. Mais en Afrique du Sud, ce sont l'exploitation, la discrimination, la pauvreté, la privation – et, dans le passé, des attaques xénophobes d'une rare violence – qui les attendent. Le personnel de MSF a ainsi traité des victimes de viols, de violences physiques et de coups, de torture. D'autres migrants ont été brûlés ou forcés à commettre des actes de violence contre leurs pairs. »
Les conditions de vie sont déplorables dans le centre ville de Johannesburg. Ces logements d’une extrême précarité sont surpeuplés, de véritables labyrinthes sans systèmes d'égout et de collecte de déchets appropriés. L’eau est impropre à la consommation ou inaccessible et il n’y a pratiquement pas d’électricité. « Pour beaucoup d’entre eux, la priorité est la lutte pour la survie quotidienne », explique Gabriele Santi. « Trouver de la nourriture, des vêtements et un abri, se mettre en sécurité l'emporte sur d'autres besoins, comme la santé. »
Le nouveau partenariat conclu entre MSF et le département de la santé de la ville de Johannesburg est la première étape cruciale qui doit permettre de combler les disparités dans le domaine de la santé via l'offre de services de santé intégrés. Cette approche novatrice en partenariat illustre le type de coopération inter-organisationnelle élargie nécessaire pour s’attaquer efficacement aux problèmes de l’immigration d’origine humanitaire. Gabriele Santi explique : « Dans tous les autres contextes confrontés à une crise des réfugiés ou des demandeurs d’asile, les responsabilités sont claires, mais dans ce type de contexte urbain, identifier les solutions est plus complexe. Cela impose de la flexibilité et une coopération avec d’autres groupes, y compris des organismes intergouvernementaux, nationaux, municipaux et non-gouvernementaux et des associations de la société civile. »
La situation précaire des migrants en Afrique du Sud, une campagne policière inacceptable d’expulsions des logements et la fin imminente du moratoire sur les déportations de sans-papiers zimbabwéens aggraveront encore la situation et la vulnérabilité des ces groupes, qui seront de moins en moins enclins à chercher à se faire soigner. Jacqueline Molopyane, responsable médicale de MSF à Johannesburg explique : « Vu les précédentes menaces de déportation, nous savons que ces groupes se cachent et vivent dans la clandestinité. Une situation qui complique encore leur accès aux soins de santé. Dans de telles conditions, ces groupes ont du mal à respecter leur traitement et à prendre leurs médicaments, ce qui est pourtant essentiel lorsqu'ils souffrent de maladies chroniques comme le VIH et la tuberculose. »
MSF appelle le gouvernement d’Afrique du Sud à prolonger le moratoire sur les expulsions et à rechercher une solution humaine et globale pour répondre d’une manière appropriée aux besoins des immigrés et des demandeurs d’asile. MSF exige qu’il soit mis fin immédiatement aux tactiques policières irresponsables et inhumaines d’expulsions forcées qui mettent en péril la vie même des migrants vulnérables. Elle appelle par ailleurs d’autres acteurs à prêter attention à cette crise imminente.
