cornerLU.gif, 0 kBcornerLD.gif, 0 kB
 

A Tunto, l’espoir déplace les foules au centre ambulatoire MSF


23/07/2008 - Ils sont sans doute plus d’un millier aujourd’hui, à attendre dans la cohue devant le centre ambulatoire de MSF à Tunto. Une pluie battante s’abat sur la foule. Les enfants, pour la plupart pieds nus, grelottent dans le froid.

Devant une mer de parapluies qui s’étend sur plusieurs dizaines de mètres, David, médecin brésilien, et Martha, infirmière danoise, identifient à la hâte les enfants qui répondent aux critères du programme. "Nous faisons ce qu’on appelle un screening rapide", explique David, entre deux enfants. "Nous identifions les personnes sévèrement et modérément malnutries en mesurant la taille de l’enfant et leur périmètre brachial à l’aide du bracelet MUAC. Nous avons déjà admis plus de 100 patients ce matin, mais, bien sûr, beaucoup ne rencontrent pas les critères d’admission mais ne comprennent pas pourquoi ils ne reçoivent rien alors qu’ils n’ont rien."

Le centre ambulatoire de Tunto, construit dans un sous-bois reculé de la région SNNP, traite les patients souffrant de malnutrition aigue sévère depuis plusieurs semaines déjà. Mais depuis hier, le programme MSF est également ouvert aux enfants atteints de malnutrition modérée, qui reçoivent des rations de CSB (un mélange de maïs et de soja), du sucre et de l’huile.

Le lancement de ce "programme nutritionnel supplémentaire" – qui étend l’assistance MSF aux malnutris modérés – suscite l’espoir de nombreux habitants de Tunto. C’est le cas de Zamane. Cette jeune femme a perdu son fils, atteint de malnutrition sévère et décédé il y a deux jours. Aujourd’hui, elle est venue avec son autre enfant de deux ans et demi qu’elle brandit dans l’espoir de repartir avec quelques sacs de nourriture. "Nous avons faim", lance-t-elle. "Mon mari est agriculteur, il cultive du maïs et du gingembre. Le maïs est pour la consommation de famille et le gingembre, nous le vendons sur le marché pour acheter davantage de maïs. Mais cette année, le prix du gingembre est très bas tandis que le maïs est hors de prix. En plus, nous avons connu une sécheresse ici. Il n’a pas plu pendant plusieurs mois et notre récolte a été mauvaise." Les premières pluies de l’année, sur lesquelles les petits agriculteurs du sud de l’Ethiopie comptent tant, ont en effet été tardives et trop faibles.

Un peu plus loin, dans la section réservée aux malnutris sévères, Elfnesh, 4 ans, attend patiemment dans les bras de sa mère sa ration hebdomadaire de pâte thérapeutique. "Mon mari a marié une autre femme et m’a laissée seule avec nos sept enfants", confie Tagesech, la maman. "Nous n’avons pas de nourriture à la maison et je n’ai reçu aucune aide alimentaire. Parfois, des membres de la famille nous aident avec un peu de nourriture ou bien nous cultivons du « ensete » - une plante nutritive  africaine -  et du café sur un petit lopin de terre. Mais cela ne suffit pas."

Parmi les zones des régions Oromiya et SNNP où travaille MSF, le district d’Hadero, où se trouve Tunto, semble être l’un des plus touchés par la crise nutritionnelle. Les chiffres sont éloquents: en moins de deux mois, le programme MSF y aurait pris en charge 11% des enfants de moins de cinq ans résidant dans le district, un taux de malnutrition sévère très inquiétant.

Autre signe d’inquiétude: le nombre croissant d’adultes admis dans le programme. Parmi eux: Tadwos, cet homme de quarante ans que la malnutrition sévère vieillit tant. Sans doute s’est-il privé lui-même de nourriture pour pouvoir offrir quelque chose à manger à sa femme et ses six enfants. Depuis trois semaines, il reçoit ici de la nourriture thérapeutique en sachets et une ration de maïs, de soja et d’huile. "Sans cela je n’aurais rien à manger pour moi. Auparavant, vous pouviez acheter de la nourriture au marché mais les prix ont trop augmenté. J’ai reçu deux fois 50 kg d’aide alimentaire du gouvernement mais vous savez, ce n’est pas suffisant pour une famille nombreuse comme la mienne. J’espère qu’avec l’aide de Dieu, les prochaines récoltes seront meilleures et que ma vie s’améliorera."

Pour Tadwos, Tagesech, Zamane, leurs enfants et tous les autres, les pluies quotidiennes qui irriguent aujourd’hui les champs n’y feront rien. Pas plus que la scandaleuse nature qui foisonne désormais sur Tunto et tant de villages du sud de l’Ethiopie. La prochaine récolte de maïs n’est pas attendue avant plusieurs semaines. D’ici là, ils continueront de dépendre de l’aide extérieure. Et beaucoup reviendront bientôt se bousculer à l’entrée du centre MSF.


cornerLU.gif, 0 kBcornerLD.gif, 0 kB