12.02.2008 13:58
Cameroun- Opération d’urgence auprès des réfugiés tchadiens, récit de mission
Categorie: Sur le terrain, Cameroun
12/02/2008 - Cameroun: Le Dr. Véronique Urbaniak est responsable de la mission envoyée par MSF en urgence à Kousseri, au nord du Cameroun. C’est là que sont venus se réfugier plusieurs dizaines de milliers d’habitants de N'djamena fuyant la capitale tchadienne. Elle confirme que l’assistance était attendue avec impatience par ces populations très démunies. «Nous sommes arrivés à Kousseri dans la matinée du jeudi 7 février avec l’équipe médicale MSF composée de 2 médecins, 2 infirmières et 5 logisticiens. Il nous avait fallu plus d’une journée en voiture pour venir de Garoua, une ville camerounaise située plus au sud où se trouve la plus proche piste d’aviation susceptible de recevoir des frets aériens. Kousseri est juste en face de N'djamena, au sud du fleuve, le Logone.
Plusieurs dizaines de milliers de tchadiens – difficile alors d’avoir des chiffres précis- avaient fui la capitale dans les jours précédents et étaient venu grossir la population de la ville camerounaise estimée à environ 100.000 habitants. Les autorités camerounaises et la population ont été très accueillantes, les premières facilitant vraiment les opérations d’aide, ce qui mérite d’être souligné. Le Ministre de la Santé camerounais est d’ailleurs venu aujourd’hui, samedi, pour faire une évaluation de la situation.
Des réfugiés démunis de tout
Les réfugiés étaient, à notre arrivée, installés dans deux sites principaux : le premier groupe, que nous estimions à 7.000 était hébergé en périphérie de la ville, dans des écoles, des églises et des temples et l’autre groupe, plus important, environ 30.000 personnes, se trouvait près du pont conduisant à N'djamena. Dans ce dernier site appelé Madana, les gens étaient alors rassemblés sans abri, en plein soleil, sans aucune assistance.
Après une rapide évaluation, l’équipe s’est mise à travailler le jour même à Madana en installant une consultation médicale d’urgence. Rapidement l’équipe a plusieurs patients atteints de paludisme dont certains souffrant d’une forme sévère de la maladie, des enfants et même des adultes souffrant de déshydratation et de diarrhées et d’autres souffrant d’affections respiratoires. Actuellement les nuits sont froides au nord Cameroun et ces gens n’avaient alors encore vraiment rien reçu pour se protéger. Le lendemain, vendredi, nous avons mis en place une seconde consultation médicale dans un local de la ville, à Cetic, pour accueillir les réfugiés installés dans la partie sud.
Aujourd’hui encore, comme l’enregistrement des réfugiés n’a pas été fait par le UNHCR, il ne nous est pas possible de mettre en relation le nombre de consultations médicales que nous effectuons avec le nombre exact de réfugiés. Ces consultations, qui sont environ de 70 par jour dans chacun de ces centres, sont en augmentation.
En même temps que se mettaient en place ces consultations, notre équipe logistique a travaillé sur l’approvisionnement en eau des deux sites, ce qui était vraiment une urgence.
Incertitude des prochains jours
Alors que, déjà jeudi matin des nouvelles qui se voulaient rassurantes sur la situation sécuritaire dans la capitale tchadienne circulaient sur les ondes, l’impression générale parmi ces réfugiés était la méfiance. Le mouvement de rentrée vers N'djamena était encore faible malgré la précarité de leur installation.
Ensuite, nous avons observé un faible mouvement de retour vers le Tchad, dû partiellement, selon les réfugiés eux-mêmes, au manque d’aide en particulier en nourriture. Maintenant, les mouvements semblent s’être atténués aussi bien dans un sens que dans l’autre et le nombre des réfugiés sans abri s’est certainement stabilisé autour de 30.000. Quant aux autres réfugiés, hébergés dans des familles ou dans des hôtels, ils seraient environ 20.000, chiffre qui reste encore à être confirmé par le HCR dont une équipe est désormais à pied d’oeuvre pour la préparation d’un transfert des réfugiés vers un ou deux camps situés à près de 30 km de là.
Renforcement des équipes MSF
En ce qui nous concerne à MSF, nos deux priorités initiales, la mise en place des consultations médicales et l’approvisionnement en eau des sites, sont désormais couvertes et nous envisageons désormais rapidement d’autres actions. En début de semaine, nous allons procéder à des distributions de matériels de première urgence, couverture, moustiquaires et jerrycans et nous allons commencer une campagne de vaccination rougeole pour la population du camp de Madana. Nous nous préparons, en renforçant les équipes médicales de supervision à vacciner jusqu’à 30.000 enfants et adolescents et, du fait du manque d’enregistrement des réfugiés, nous nous attendons aussi à vacciner des jeunes camerounais. 2 infirmières MSF vont nous rejoindre dès le début de la semaine prochaine et nous allons constituer 8 équipes de vaccinateurs pour réaliser au plus vite cette campagne de vaccination. L’Unicef se chargera de l’autre partie des réfugiés de la ville.
Il est important d’assurer la vaccination le plus rapidement possible car il est prévu, d’ici quelques jours que le UNHCR procède à une réinstallation des familles déplacées, vers un ou deux camps situés bien en dehors de la ville, à Maltam.
Actuellement, il nous est cependant bien impossible de pouvoir prévoir combien de réfugiés iront vers ces sites. Ce qui va se passer dans les jours prochains de l’autre coté de la frontière va certainement compter pour beaucoup dans la décision des réfugiés!»
