Indonésie - La phase d’urgence presque finie, place à la reconstruction
26/10/09 - Indonésie : Loreto Barcelo est la coordinatrice des opérations à Sumatra après tremblement de terre. Elle explique comment la situation évolue.
Plus de deux semaines après le tremblement de terre, quelle est la situation sur le terrain aujourd’hui ?
La réponse humanitaire était importante au début. Après vingt jours, beaucoup d’ONGs s’étaient déjà retirées. Les autorités indonésiennes identifient actuellement les manques à combler afin de recentrer l’aide. En même temps, nos équipes trouvent encore des endroits reculés où l’aide n’est toujours pas arrivée.
Il s’agit de petits villages qui n’avaient pas encore été atteints, cela ne concerne pas beaucoup de gens. Les habitants de ces zones ont perdu leur maison et tous leurs avoirs. Ils ont vraiment besoin de matériel de base. Le problème persistant : la difficulté d’accéder à ces villages. Il a plu énormément ces derniers jours, les routes sont boueuses et en mauvaise condition. Par exemple, un nouveau glissement de terrain a eu lieu samedi.
Quelle est la situation endurée par les populations et quels sont leurs besoins les plus urgents ?
Même si cela fait seulement vingt jours que le tremblement de terre a frappé cette zone, la phase d’urgence est presque finie. Nous entrons maintenant dans une phase de reconstruction. Beaucoup de familles qui avaient été déplacées, retournent chez elles et les autres qui avaient tout perdu, cherchent un nouvel endroit où vivre. Le gouvernement a commencé à construire des abris temporaires (prévu pour que les populations puissent y rester jusqu’à un an), où les victimes des zones les plus touchées pourront être logées. Nos équipes vont intervenir dans ces abris pour assurer l’accès à l’eau potable et à des conditions sanitaires convenables.
Samedi, j’ai vu un cas qui illustre combien ce sera difficile de se remettre pour beaucoup de victimes. Lors d’une clinique mobile, nous avons vu un des survivants d’un glissement de terrain retourner chez lui et nous avons été le visiter. Il nous expliqua que quand le tremblement de terre eut lieu, il était en train de prier. Pris par le glissement de terrain, il se retrouva piégé dans la boue pendant plus de 24 heures avec d’autres personnes. Il a été sauvé avec d’autres personnes, mais tout le monde n’a pas eu cette chance. Envoyé à l’hôpital, on lui a opéré la jambe fracturée. Il est maintenant de retour dans une chaise roulante, recouvrant la santé petit à petit. Déjà, l’utilisation de la chaise roulante n’est pas facile dans ce type d’endroits.
Dans l’ensemble, pensez-vous que l’aide humanitaire répond aux besoins des victimes ?
La réponse a été adéquate et même plus que suffisante dans certaines zones, même si au début, il y avait un manque de coordination. La plupart des interventions étaient concentrées dans certaines zones alors que d’autres zones étaient laissées pour compte. Maintenant que la phase d’urgence est terminée, on commence à réduire le nombre d’organisations sur place.
Comment MSF a-t-elle répondu à l’urgence humanitaire ?
Les premières équipes sont arrivées dans les zones affectées trois jours après le tremblement de terre. Après une évaluation rapide qu’une intervention dans les hôpitaux principaux n’était pas nécessaire comme ils recevaient déjà beaucoup d’aide et pouvaient répondre aux besoins, nous avons décidé d’organiser des cliniques mobiles dans les zones rurales les plus négligées.
Nos interventions se sont déroulées dans des zones éloignées où l’accès était difficile ou dans d’autres zones moins affectées mais qui avaient été totalement négligées. La plupart des problèmes de santé observés dans les cliniques mobiles sont des infections respiratoires, diarrhées et maladies de la peau, tout problème lié aux conditions de vie difficiles actuelles endurées par les populations.
MSF offre aussi un support psychologique pour les personnes traumatisées. Plusieurs psychologues de l’équipe d’urgence ont formé des psychologues indonésiens- certains de ces professionnels indonésiens avaient déjà travaillé avec MSF durant le Tsunami en 2005 qui avait aussi affecté Sumatra, et durant un autre tremblement de terre en 2007. Actuellement, plusieurs équipes offrent des séances d’éducation et de support psychologique pour permettre aux survivants de surmonter ces évènements au mieux. Pour les cas les plus sévères, les psychologues proposent un soutien psychologique individuel.
Une autre équipe MSF travaille sur l’eau et l’assainissement en installant des containers à eau dans plusieurs villages (et en assurant l’approvisionnement par camion), et en intervenant dans les abris temporaires construits par le gouvernement.
Et finalement, nous avons aussi distribué du matériel de base, incluant des kits d’hygiène, des ustensiles de cuisine, des couvertures, des matelas et des bâches à environ 1.600 familles. Ces distributions vont continuer, et vont être complétées par des ustensiles de base pour aider les populations à reconstruire leurs maisons.
Combien de temps MSF planifie-t-elle de rester ?
On estime que notre intervention devrait durer jusqu’à la mi-novembre. Avec le mois qu’il nous reste, nous aurons le temps de compléter les activités en eau et assainissement, assurant ainsi de bonnes conditions pour la population tant pour ceux qui retournent chez eux que pour ceux qui doivent vivre temporairement dans les abris.
Médicalement parlant, nous voyons que les centres de santé deviennent petit à petit opérationnels à nouveau, les équipes retournent travailler même si parfois, ils doivent faire les consultations sous tente comme les structures actuelles sont détruites, normalement elles devraient être restaurées. Dans le domaine de la santé mentale, nous aurons assez de temps pour offrir aux victimes le support initial dont ils ont besoin pour surmonter le traumatisme vécu.
Globalement, le but de MSF est d’intervenir dans la phase d’urgence en répondant aux besoins les plus urgents. Le gouvernement et d’autres organisations prendront le relais pour la reconstruction.
