20.06.2008 17:42

Kenya - Urgence pour la population terrorisée du Mont Elgon

Categorie: A la une, Kenya

20/06/2008 - Kenya: Médecins Sans Frontières (MSF) appelle à une augmentation immédiate de l’assistance et de la protection des populations de la région du Mont Elgon, à l’ouest du Kenya, qui endure des violences depuis près de deux ans.

Depuis le mois d’août 2006, la population de la région du Mont Elgon est prise au piège d’un violent conflit qui oppose les autorités kenyanes à une milice dénommée "Force de défense des terres des Sabaot" (Sabaot Land Defence Force - SLDF). Cette dernière a pris les armes suite à un plan de répartition des terres qu’elle considère inéquitable. Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées. Beaucoup ont subi des atrocités, des mutilations et la perte de leurs biens.

Dans un environnement caractérisé par l’insécurité, ces populations ont un accès insuffisant aux soins de base, et manquent de nourriture, de vêtements et de couvertures. Beaucoup vivent dans des abris de fortune où elles sont exposées aux nuits froides de cette région montagneuse et leur survie dépend du peu d’assistance disponible et du soutien limité des communautés locales.

MSF fournit des secours médicaux et humanitaires à ces populations depuis le mois d’avril 2007. Durant cette période, MSF a régulièrement cherché à attirer l’attention sur cette crise violente. Confrontée à une population traumatisée et à des besoins humanitaires pour lesquels la réponse actuelle est insuffisante, MSF se doit désormais de dénoncer cette situation publiquement.

"L’aide médicale à elle-seule ne peut répondre à l’ensemble des besoins des populations du Mont Elgon", explique Rémi Carrier, chef de mission de MSF. "Elles ont besoin d’être protégées de la violence, et de recevoir plus d’assistance et plus d’attention à leur sort."

Durant tout ce temps, la principale réponse des autorités aura été de répondre à la violence par la violence, particulièrement lors d’une opération conjointe de la police et de l’armée le 9 mars 2008. Durant cette opération, le conflit s’est intensifié. Les civils ont été le cible d’attaques, de tortures et de traitements dégradants.

"Depuis le début de nos activités à Mont Elgon, nos équipes médicales ont vu et traité un nombre croissant de victimes de traumatismes violents, particulièrement depuis l’été passé. Cette violence a atteint un pic après le lancement de l’opération en mars, avec plus de 250 personnes traitées pour des blessures durant le mois qui a suivi", explique encore Rémi Carrier. "Ces victimes, principalement des hommes adultes, ont été blessées alors qu’elles étaient soumises à des contrôles en raison de leur collaboration supposée avec la milice. Pour des civils déjà traumatisés, régulièrement déplacés et complètement appauvris depuis près de deux ans, cela n’a fait que renforcer leur traumatisme."

Les populations craignent toujours la violence des SLDF. Une femme attaquée mi-avril et vue par MSF explique: "Nous avons été attaqués par quatre jeunes hommes sur la route. Ils nous ont battus avec des machettes, un homme est mort et je suis restée inconsciente. Pendant qu’ils nous battaient, ils disaient: dites-leur que les miliciens sont toujours en vie."

Aujourd’hui, alors que certaines personnes commencent à retourner chez elles, les mécanismes de survie atteignent leurs limites. MSF appelle à une augmentation immédiate de l’assistance et de la protection de ces personnes, afin de leur permettre de reprendre une vie normale. Tant que l’on répondra à la violence par plus de violence, sans tentative de s’attaquer aux racines de ce conflit, la situation a peu de chance de s’améliorer et la souffrance continuera.


MSF est l’une des rares organisations humanitaires à fournir de l’aide aux populations affectées par le conflit à Mont Elgon. Axées sur les conséquences de la violence sur les civils, les activités de MSF se concentrent - depuis avril 2007 - sur la fourniture de soins médicaux gratuits par le soutien de structures de santé primaire, la vaccination, et des cliniques mobiles dans les zones plus reculées. MSF a également mis en place un système de transfert vers les hôpitaux pour les urgences médicales et a distribué des habits et des couvertures.