Sri Lanka - Des centaines de blessés ont besoin de chirurgie orthopédique de reconstruction
22/02/10 - Sri Lanka : Une grande partie des personnes blessées pendant les combats entre l’armée sri-lankaise et le mouvement LTTE (mouvement de libération des Tigres Tamouls) ont été d’abord opérées dans des conditions d’urgence. De nombreuses infections, en particulier osseuses, se sont développées.
Les plaies causées par des éclats d’obus ou des balles ne sont pas cicatrisées, l’infection évolue, le plus souvent à bas bruit, mais pour le moment, leur seul souhait est de rentrer enfin chez eux. Des centaines de blessés auront besoin de chirurgie orthopédique de reconstruction dans les mois à venir.
Nettoyer, stabiliser, traiter pour favoriser la cicatrisation
Penchée sur le lit d’une patiente âgée de 18 ans, le docteur Inga Osmers, chirurgien orthopédique MSF, lui explique la situation : « Nous avons nettoyé la plaie en ôtant les tissus et les morceaux d’os infectés et placé un fixateur externe sur votre jambe pour la stabiliser. Durant l’opération, nous avons aussi prélevé des échantillons de tissus pour les analyser. Cela nous permettra de savoir quel est le type d’infection et quels antibiotiques sont efficaces. » Début décembre, à l’hôpital MSF de Menik Farm, douze patients hospitalisés souffrent d’ostéomyélite, c’est-à-dire d’une infection des os.
Blessée le 20 avril, la jeune fille avait été transférée dans un hôpital fonctionnel plus de trois jours après. Là, elle avait refusé l’amputation. Cinq semaines plus tard, elle était sortie de l’hôpital, avec un plâtre et des béquilles. La douleur était constante mais supportable. Début novembre, la douleur devint plus forte, elle se rendit dans une des cliniques du camp de Menik Farm et fut référée à l’hôpital MSF par le médecin du Ministère de la Santé. Sous le plâtre, la plaie ne cicatrisait pas et du pus suintait. A l’hôpital, la radiologie a indiqué que l’os ne s’était pas consolidé et était infecté.
Les infections sont fréquentes sur les blessures de guerre
Inga s’arrête auprès d’un autre patient et examine la radio. Une plaque interne est nettement visible, fixée sur l’os sous la peau. « Nous voyons sur la radio que les deux os sont encore très écartés l’un de l’autre et nous observons sur sa peau ce petit trou, qu’on appelle une fistule » décrit la chirurgienne. « C’est un signe d’infection, un canal d’évacuation naturelle. Ce n’est pas très visible et peu impressionnant mais en dessous l’infection a parfois déjà fait beaucoup de dégâts. » Dans les cas de blessures de guerre avec introduction d’un corps étranger, ici le plus souvent de petits éclats d’obus, les infections sont très fréquentes. Ensuite, quand il y a beaucoup de blessés à la fois et peu de moyens chirurgicaux pour intervenir vite et dans de bonnes conditions, les risques sont encore plus élevés.
S’adressant au patient, Inga annonce : « Voici ce que je peux faire : ouvrir la plaie, la nettoyer, ôter le fixateur interne et le remplacer par un fixateur externe pour limiter la présence de corps étranger dans la plaie. Mais cela veut dire que vous allez devoir rester hospitalisé encore plusieurs semaines au moins. L’autre possibilité est d’attendre et d’espérer que la blessure cicatrice, la fistule permettant d’évacuer le pus. Je vous laisse y réfléchir tranquillement. Est-ce que vous savez quand est-ce que vous devez rentrer chez vous ? ». Le patient l’ignore. Depuis plusieurs semaines, les déplacés repartent massivement dans leurs lieux d’origine et à l’hôpital MSF les patients sont anxieux de ne pas rater le départ à cause de l’hospitalisation. C’est pourquoi le personnel médical est attentif à ne pas entreprendre, sauf urgente nécessité, de traitements longs sans en avoir discuté avec le patient au préalable.
Retrouver les blessés ayant besoin d’intervention chirurgicale
Dans de nombreux cas, des patients retournent chez eux avant d’avoir bénéficié des interventions de chirurgie qui leur permettraient de conserver le meilleur usage possible de leur membre. « Il y a assurément plusieurs centaines de patients qui ont besoin d’une intervention de chirurgie reconstructive», explique le docteur Patrick Herard, référent chirurgie à MSF. « Il n’y a pas de vraie urgence et c’est moins une question de vie ou de mort que de future qualité de vie. Mais il leur faudra accepter de nouvelles opérations ; donc des semaines voire des mois d’hospitalisation, pour conserver ou améliorer l’usage du membre blessé. Nous avons l’expérience de ce type d’intervention, avec notamment notre programme à Amman pour les blessés irakiens, MSF a acquis une expertise dans la chirurgie de deuxième et troisième intention pour les blessures de guerre. ».
