06.03.2009 11:15

Burkina Faso - Faire face au défi de la malnutrition endémique

Categorie: Sur le terrain, Burkina Faso

06/03/2009 - Burkina Faso : Depuis que MSF a lancé un programme contre la malnutrition au Burkina Faso, en septembre 2007, plus de 23 440 enfants ont été soignés, avec un taux de guérison de 88%. Environ 80% ont été pris en charge à domicile à l’aide d’un aliment thérapeutique prêt à l’emploi (ready-to-use therapeutic food, RUTF), facile à administrer par leur famille.

"Lorsque j’ai visité le programme, nos médecins burkinabés m’ont raconté qu’ils ne savaient pas qu’il y avait autant d’enfants malnutris dans leur pays avant de commencer à travailler avec MSF", explique Jean-Luc Anglade, responsable du programme MSF pour le Burkina Faso.

Dans les zones rurales autour de Yako et Titao, où MSF a ouvert un projet nutritionnel en septembre 2007, la malnutrition est pourtant endémique. Chaque année, de nombreux enfants de moins de cinq ans manquent des nutriments essentiels à leur croissance, à une étape cruciale de leur développement. La malnutrition sévère est une réalité permanente tout au long de l’année, mais c’est pendant la période de soudure – à partir de septembre, lorsque les stocks de nourriture des familles s’épuisent avant la prochaine récolte – qu’elle touche le plus grand nombre d’enfant. Dans les provinces du Passoré et du Loroum, MSF assure la prise en charge de cette malnutrition endémique, un problème de santé publique majeur et pourtant largement invisible.

"La prise de conscience est une étape indispensable pour changer la manière de faire face ce genre de situation. À présent, l’ampleur de la crise de la malnutrition dans le pays est de mieux en mieux connue dans le pays", estime Jean-Luc Anglade.

88% de guérisons
Début 2007, le ministère de la Santé burkinabé a franchi une étape en adoptant le nouveau protocole recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour le traitement de la malnutrition sévère. MSF a alors proposé aux autorités sanitaires un partenariat pour mettre en œuvre, dans une région particulièrement touchée par la malnutrition, ce nouveau protocole basé sur l’utilisation des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi et la prise en charge ambulatoire.
Depuis septembre 2007, plus de 23 440 enfants ont été soignés dans le projet de MSF, avec un taux de guérison de 88%. "Grâce au traitement ambulatoire à l’aide des RUTF, la grande majorité est soigné à domicile", souligne Jean-Luc Anglade. En septembre 2008, pendant le pic d’admissions, MSF prenait en charge une moyenne de 600 enfants dans les deux provinces chaque semaine.

Améliorer la détection des cas de malnutrition

Au Burkina Faso, MSF utilise le bracelet de périmètre brachial (Middle Upper-Arm Circumference, ou MUAC) pour simplifier l’admission des enfants dénutris. Facile d’utilisation, le bracelet MUAC permet de dépister un grand nombre d’enfants en peu de temps, sans avoir recours à des équipements coûteux ou à du personnel hautement qualifié. Cette simplicité permet à MSF de former des agents communautaires, afin que le dépistage puisse se faire au niveau des villages.

D’un point de vue médical, il a été prouvé scientifiquement que le MUAC est un bon indicateur du risque de mortalité chez les enfants. Au Burkina Faso, MSF admet dans son programme tous les enfants dont le périmètre brachial mesure moins de 120 millimètres, alors que le seuil habituel est de 110 millimètres. Cette approche innovante permet de prendre en charge non seulement des enfants sévèrement dénutris, mais aussi une partie de ceux souffrant de malnutrition modérée.

Envisager l’avenir
"Dans notre programme nous soignons principalement des enfants de moins de cinq ans car ce sont les plus vulnérables à la malnutrition, explique Jean-Luc Anglade. La malnutrition est la cause sous-jacente dans le décès de trop nombreux enfants, une réalité mal connue du grand public. Dans leur alimentation, les jeunes enfants ont besoin de la bonne quantité de tous les nutriments essentiels car sans eux ils risquent fortement d’attraper des infections récurrentes et d’en mourir."

Dans des contextes similaires au Burkina Faso, des distributions préventives de compléments alimentaires tout au long de la période de soudure ont donné des résultats très encourageants. Une récente étude sur la distribution d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi au Niger en 2006 a montré que cela avait permis de réduire de 58% le nombre d’enfants souffrant de malnutrition sévère. En 2007, dans la même région du Niger, une stratégie basée sur des compléments alimentaires spécialement conçus pour répondre aux besoins nutritionnels des jeunes enfants a permis d’éviter un pic de malnutrition dans le district ciblé.

"La malnutrition est une urgence médicale, et nous savons déjà qu’un grand nombre de cas se présenter à peu près à la même période l’année prochaine. Alors, au lieu d’attendre, pourquoi ne pas essayer de la prévenir ?, questionne Jean-Luc Anglade. Les stratégies de prise en charge précoce sont un développement de notre projet que envisageons sérieusement pour l’année 2009."

Soigner la majorité des enfants à domicile
80% des enfants admis dans le programme nutritionnel de MSF au Burkina Faso sont soignés exclusivement à domicile. Les enfants qui ne souffrent pas de complications médicales reçoivent chaque semaine une ration de 14 sachets de pâte nutritive prête à l’emploi. Cette pâte nutritive à base d’arachides contient les calories et tous les nutriments essentiels à la croissance d’un jeune enfant : protéine animales (sous forme de lait), vitamines et minéraux. Elle permet aux enfants de reprendre du poids en quelques semaines et d’améliorer rapidement leur état de santé général. Autre avantage, elle peut être consommée à domicile, sous la supervision des parents.

Chaque semaine, pendant un minimum de 4 semaines et jusqu’à ce qu’ils soient guéris, les enfants reviennent au centre ambulatoire de MSF pour vérifier l’évolution de leur poids et de leur état de santé, et récupérer leur ration hebdomadaire d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi.

Avec ce système, seuls les cas les plus compliqués doivent être hospitalisés : enfants avec une perte d’appétit ou des maladies associées à leur malnutrition comme le paludisme (pathologie la plus fréquente), l’anémie, l’hypoglycémie, la diarrhée ou les infections pulmonaires. Pour ces enfants là, MSF dispose de deux structures d’hospitalisation, une à Titao (80 lits) et une à Yako (60 lits).

Paludisme
Au Burkina Faso, la prévalence du paludisme est très forte. Parmi les patients admis dans le programme nutritionnel de MSF, de 65 à 70% sont infectés. Sur les derniers mois de l’année 2008, tout au long du pic annuel de paludisme, MSF a donc mis en place une prise en charge du paludisme pour tous les enfants, qu’ils souffrent ou non de malnutrition, ainsi que pour les adultes. En 10 semaines, un total de 10 794 enfants ont été soignés.