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MSF paediatricians attend to newly born babies in the neonatal ward of the MSF maternity hospital in Khost.

Afghanistan

3 questions à Fazli Kostan, coordinateur de projet à la maternité MSF de Khost

Les pédiatres MSF s'occupent de bébés nouvellement nés dans le service néonatal de la maternité MSF de Khost. © Oriane Zerah
Fazli Kostan © MSF
Témoignages 
Fazli Kostan - Coordinateur de projet MSF
Afin de réduire la mortalité et la morbidité des mères et de leurs nouveau-nés en Afghanistan, MSF fournit depuis 2012 des soins maternels et pédiatriques gratuits et de qualité dans la province de Khost, non loin de la frontière avec le Pakistan.

    Comment la montée au pouvoir des talibans en août 2021 a influencé et/ou changé l'activité au sein de la maternité ?

    En fait, en Afghanistan, le système de santé est très dépendant des donateurs internationaux. Au début, ces derniers ont arrêté leur financement après le changement de gouvernement et beaucoup de cliniques ont fermé ou n'étaient pas vraiment opérationnelles. Le système de santé était très faible à ce moment-là. Le financement a depuis été rétabli, mais le système de santé a encore beaucoup de problèmes, comme c'est le cas depuis des années.

    Ce qui s'est passé, c'est qu’alors que de nombreux acteurs internationaux quittaient le pays, MSF a décidé de rester, fournissant des soins médicaux à un moment où il y avait encore moins d'établissements de santé disponibles pour les gens qu'auparavant.

    À Khost, nous nous concentrons normalement sur la fourniture de soins aux femmes qui souffrent d'une forme de complication pendant la grossesse, mais à cette période-là nous avons élargi nos critères d'admission afin de pouvoir donner des soins médicaux à toute femme enceinte qui venait nous voir. Nous avions vraiment besoin de le faire car de nombreux autres établissements de santé étaient fermés ou fonctionnaient à peine. Cela a eu un grand effet sur nos activités, notamment sur la capacité en matière de ressources humaines, sur les finances et pour tout ce qui concerne les critères d'admission.

    Nos relations avec les autorités ont été plutôt bonnes récemment. Nous avons toujours respecté les principes de neutralité et d'impartialité de MSF. Mais ce qui a été très difficile à ce moment-là, en août 2021, c'est le renouvellement de notre réseau de contacts, car les autorités et le gouvernement ont changé. Cela a pris beaucoup de temps et beaucoup d'efforts pour des raisons de sécurité et de communication. Mais dans l'ensemble, je dirais que les autorités ont été très coopératives.

    Quelles sont les difficultés quotidiennes rencontrées par les femmes qui fréquentent vos établissements ?

    De notre point de vue médical, le principal problème est l'accès aux soins de santé, associé aux préoccupations de la population en matière de sécurité. Les établissements publics manquent de personnel, sont sous-financés et sous-équipés, et ne disposent pas de suffisamment de médicaments et d'équipements. Les installations de MSF ne sont pas touchées par les mêmes problèmes, mais le transport n'est pas bon, voire inexistant, ce qui rend difficile l'accès des patients à nos installations pendant la nuit.

    Les femmes doivent également être accompagnées d'un maharam, une sorte de compagnon pour les femmes, qui doit toujours les accompagner, que ce soit leur mari, leur cousin ou un autre parent de sexe masculin.

    Si une femme n'est pas accompagnée d'un homme, il lui est très difficile de venir dans nos établissements. Un autre facteur à prendre en compte est qu'en raison de coutumes culturelles anciennes, c’est le mari, ou dans certains cas la belle-mère, qui prend la décision de poursuivre ou non le traitement. Ces coutumes ne sont pas nouvelles, elles ont toujours existé, bien avant que MSF ne commence à travailler à Khost.

    Quels sont vos principaux besoins ?

    Les donateurs internationaux ont, pour la plupart, recommencé à envoyer des financements pour l'Afghanistan et soutiennent certains établissements de santé comme ils l'ont fait par le passé. Mais le système de santé est incapable de répondre aux besoins de la population depuis des années et il semble qu'il y ait peu de tentatives pour améliorer les choses.

    Préserver un système de santé qui fonctionne à peine est mieux que rien, mais cela signifie que de nombreuses personnes ne peuvent pas accéder aux soins dont elles ont besoin.

    D'autre part, il peut être difficile de trouver du personnel qualifié car beaucoup ont quitté le pays. Par exemple, notre hôpital a des difficultés à trouver une gynécologue afghane. De plus, lorsque nous embauchons une personne, il faut la former à certaines normes et protocoles, ce qui prend beaucoup de temps.

    Les problèmes au sein du système de santé font que les établissements de santé publique n'identifient pas toujours rapidement les complications et envoient immédiatement les patients à MSF. Cela peut conduire les patients à arriver à notre hôpital dans des conditions plus critiques.

    Faits et chiffres

    • La mortalité maternelle en Afghanistan est l'une des plus élevées au monde. Le taux de mortinatalité à Khost en 2021 est de 37 mortinatalités pour 1000 naissances
    • En 2021, près de 19 000 accouchements ont eu lieu à la maternité de Khost.
    • Notre objectif en 2022 reste de :
      • offrir des soins gratuits de qualité pour les accouchements compliqués ;
      • s'attaquer aux obstacles que rencontrent les femmes pour accéder aux soins sexuels et reproductifs ;
      • et faire en sorte que les femmes puissent accoucher plus près de chez elles pour les accouchements normaux et être orientées de manière adéquate depuis les centres de santé que MSF soutient lorsqu'un accouchement compliqué est prévu.
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