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Afghanistan. maternité. Dasht-e-Barchi.

Afghanistan

« Une maternité est l'un des rares endroits où les femmes ont le pouvoir »

9 décembre 2019. © Sandra Calligaro
Témoignages 
Le 12 mai 2020, des hommes armés pénètrent dans la maternité de Dasht-e-Barchi, à Kaboul, et tuent 24 personnes, dont 15 patientes sur le point d'accoucher et une sage-femme. Présente ce jour-là, Zahra Koochizad, sage-femme superviseure pour MSF, témoigne.

    « Je suis devenue sage-femme par passion : voir l'arrivée d'une nouvelle vie dans ce monde et être au service de la population. Avec ce métier, les sages-femmes sont les chefs silencieux du pays.

    Préserver une maternité et ses sages-femmes, c'est sauvegarder notre avenir. C'est une vocation dans ma famille. Certaines de mes tantes et cousines sont également sages-femmes dans différents hôpitaux de Kaboul.

    Donner naissance est, je trouve, l'un des plus beaux moments de la vie d'une femme ; un des plus complexes aussi.

    En Afghanistan, la plupart des femmes qui meurent en couches, décèdent de complications qui auraient pu être évitées. Au-delà de l'enjeu médical, l’insécurité est l’un des plus grands défis auxquels sont confrontées toutes les sages-femmes et les femmes enceintes du pays. 

    Je me souviens de cette journée : le climat était agréable, l'air était frais. J'ai ressenti un sentiment de paix en voyant mes collègues travailler, motivées, en arrivant à l'hôpital. 

    En Afghanistan, les événement tragiques rythment le quotidien, mais rien ne nous habitue à une telle horreur.

    Une maternité est l'un des rares endroits où les femmes ont le pouvoir. Ce jour-là, les terroristes sont entrés dans une zone où aucun homme n'est autorisé à pénétrer. Ils ont pris d'assaut la maternité, armes à feu à la main, pour tuer des mères et des nouveau-nés. 

    Pendant quatre heures, les terroristes ont délibérément ciblé des patientes, anéantissant toute perspective d'une offre de soins. Plus d'un million d'habitants du sud-ouest de Kaboul et alentours n'ont plus accès aux soins obstétricaux et néonatals d'urgence que l'on proposait.

    Grand nombre de patientes de la maternité de Dasht-e-Barchi appartiennent à la communauté Hazara. La plupart n'ont pas les moyens de payer leur traitement dans un hôpital public.

    Je me souviens d'une patiente. La première fois qu'elle est venue, elle pouvait à peine marcher. Elle venait de la périphérie de Kaboul. Je l'ai examinée et diagnostiqué une grave anémie. Il n'y avait pas de soins prénatals disponibles là où elle vivait. Par manque de moyens, elle ne mangeait pas correctement. J'étais très heureuse de la voir en meilleure forme, accoucher d'un bébé en bonne santé.

    C'est une histoire parmi tant d'autres. Certaines femmes n'ont pas assez d'argent pour rentrer chez elle après avoir accouché. 

    La seule option désormais : accoucher dans l'hôpital voisin où sept lits seulement sont dédiés à la maternité. Mais les soins sont payants. Auront-elles les moyens de payer ? Les soins maternels seront-ils suffisants, surtout en cas de complications ? Cet hôpital n'a pas de salle d'opération. Je n'ose penser à ce qui arrivera à ces femmes. 

    Je suis blessée, ma vie a changé, mais je suis toujours déterminée à continuer mon travail. Je sais que les gens ont besoin de nous. »

    Chaque année, environ 130 millions de bébés naissent dans le monde. Malgré certaines améliorations récentes, l'Afghanistan enregistre l'un des taux de mortalité maternelle et néonatale les plus élevés au monde.