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Portrait Bechara Ziade, président de MSF Luxembourg

« Garder une approche centrée sur l'humain m'a aidé tant dans mon travail pour MSF, que dans la pratique de la médecine générale »

MSF dans les communes au Luxembourg ©MSF
Témoignages 
Suite à son Assemblée Générale du 30 avril dernier, Médecins Sans Frontières (MSF) Luxembourg a élu le Dr Bechara Ziade à la tête de son Conseil d'Administration. Actuellement chef de la division santé des enfants et adolescents au Ministère de la Santé luxembourgeois, il a décidé de mettre à nouveau son énergie au service des plus vulnérables à travers le monde.

    Médecin généraliste, Bechara Ziade a une longue expérience au sein de MSF, en tant que directeur médical de la section luxembourgeoise de 1991 à 1995 puis comme président de 2011 à 2013.

    Il succède au Dr Guy Berchem, qui occupait cette fonction depuis 2015, et qui demeure au sein du Conseil d'administration qu'il a rejoint en 2014.

    Dr Ziade, vous êtes impliqué chez  MSF Luxembourg depuis de nombreuses années. Qu'est-ce qui vous a poussé à le faire  en premier lieu, et quelle est votre vision pour l'organisation dans les mois et années à venir ?

    En fait, je ne me suis jamais engagé pour devenir président. Pour moi, remplir la mission de Médecins Sans Frontières est un travail d'équipe. Nous faisons tous partie d'une grande famille, que ce soit au niveau du conseil d'administration ou du bureau, faisant de notre mieux pour aller de l'avant. Nous menons des actions humanitaires et réagissons à ce qui se passe dans le monde, toujours guidés par une approche centrée sur l'humain.

    Pour moi, il a toujours été question de placer le patient en face de nous et de ne pas l'oublier. Et nous retrouver face à lui nous inspire pour agir et donner notre énergie, notre temps ou notre argent.

    Il est important que le bureau MSF au Luxembourg soit bien consolidé, qu'il y ait un esprit d'équipe, un travail commun, que chacun fasse sa part et que nous fassions bouger les choses tous ensemble. C'est la seule façon c’est la seule façon d’améliorer la situation des êtres humains à travers le monde qui souffrent, sont seuls, abandonnés, n'ont pas de toit sur la tête ou qui n'ont pas d'eau.

    Pourriez-vous nous en dire plus sur votre expérience en tant que médecin généraliste ? Et comment vos expériences dans le domaine médical (et humanitaire / bénévolat) ont façonné votre vision pour MSF Luxembourg ?

    Au Liban, j'ai décidé d'étudier la médecine à Beyrouth pendant la guerre. Ce choix a été fait sur la base de l'humanitarisme, car je ne voulais pas que les patients sans moyens soient laissés pour compte. Après mes études, j'ai travaillé avec des réfugiés et je me suis engagé chez Médecins Sans Frontières. Aujourd'hui, mon objectif et mes motivations restent intacts.

    Pour moi, il n'y a pas de différence entre mon travail de médecin et mon travail pour  MSF. Le rôle d'un médecin est le même, que ce soit au bureau ou sur le terrain. Il est vrai qu'il est différent de traiter des patients ayant de grands besoins sur le terrain et des patients couverts par la Sécurité sociale au Luxembourg, car ils ont des besoins très différents, mais il est essentiel de ne juger personne.

    Pour moi, chaque être humain est différent, et chaque besoin est toujours au centre de mes préoccupations.

    Cette approche centrée sur l'humain m'a beaucoup aidé dans mon travail au sein de MSF, ainsi que dans la pratique de la médecine générale.

    Un jour, je me souviens d’être revenu dans des conditions assez épouvantables d’Haïti, où la mission était assez difficile en raison des rudes conditions dans lesquelles vivait la population locale. De retour au cabinet, un patient me dit : « Docteur, mon nez coule depuis hier ». Et moi, face à cette situation, je me suis dit : « Que dois-je faire ? ».

    Cette expérience m'a apporté une réflexion et une mise au point sur mon attitude, ma façon de penser, de répondre, de réagir, et de traiter le patient le mieux possible avec les moyens dont je dispose dans la situation existante.

    En quoi ce mandat sera-t-il différent de votre mandat précédent de président entre 2011-2013 ? Qu'est-ce qui a changé depuis lors (la situation mondiale et nationale, vos priorités, etc.) ?

    Bien que je sois généralement dans l'action, lorsque je prends du recul et que je m'interroge sur mes priorités dans la vie, le bien-être et l'être humain ont toujours été en tête de mes préoccupations. Je m’accorde aujourd'hui un peu plus de temps d'un point de vue professionnel afin d'être disponible pour remplir mon engagement humanitaire au sein de MSF.

    Cet engagement pour MSF s'inscrit dans cette même volonté d’êtreau chevet des plus vulnérables, où qu'ils se trouvent.

    La sensibilité humanitaire est un baume que l'on peut appliquer sur la souffrance du monde, et pour cela MSF a un impact bien plus important que nos actions individuelles de tous les jours.

    En dehors de la sphère personnelle, ce qui est différent aujourd'hui, c'est la situation sur le terrain. Bien que la guerre en Europe nous prenne beaucoup d'énergie, nous ne devons pas simplement réagir à la politique internationale, mais plutôt aux besoins de l'être humain dans le monde entier. Nous ne devons pas oublier les autres guerres, les personnes déplacées et celles qui sont dans le besoin, la malnutrition existante et la crise climatique, ou toutes ces autres crises auxquelles nous devons répondre et pour lesquelles nous devons être présents.

    Par ailleurs, notre bureau au Luxembourg est en train de consolider l'unité de recherche opérationnelle de Médecins Sans Frontières (LuxOR) qui est au service de la médecine humanitaire et qui apporte un plus au travail humanitaire quotidien.

    Nous essayons de faire notre part du travail du mieux possible grâce à nos donateurs, notre personnel, nos chercheurs, les professionnels qui vont sur le terrain, et aussi au Conseil d'Administration qui donne toute son énergie pour répondre au mieux à tous ces besoins.

    Pourriez-vous nous en dire plus sur la manière dont vous et votre équipe comptez lier la dimension locale luxembourgeoise aux grands enjeux internationaux ?

    Tout d'abord, la sensibilisation de la population luxembourgeoise aux actions humanitaires dans le monde, même lorsqu'elles ne sont pas couvertes par les médias, est essentielle. C'est un travail très délicat, qui doit respecter l'être humain en souffrance à tous les niveaux. Il ne s'agit pas seulement d'afficher des photos d'enfants mourant de faim, mais d'obtenir les bonnes informations, les bons messages, tout en gardant ce respect, en protégeant les données et en maintenant cette dimension humanitaire tout en respectant les donateurs et les personnes sur le terrain.

    Et cela ne peut se faire sans apporter des informations à la population et recevoir son retour, ni sans les donateurs qui sont notre modus vivendi pour réagir et mener à bien nos actions.

    Ensuite, continuer à déployer LuxOR dans divers projets internationaux est une autre de nos priorités pour améliorer notre efficacité et la prise en charge des patients. Depuis son lancement en 2009, LuxOR a renforcé MSF et l'a aidé à se professionnaliser dans le bon sens. La recherche est au service de l'aide humanitaire. Par exemple, nous avons des normes sur la manière de réagir sur le terrain et la recherche est essentielle pour les améliorer afin de mieux répondre et de manière plus positive et adaptée. Par ailleurs, il est crucial de faire de la recherche sur les maladies qui existent à l'heure actuelle. Récemment, par exemple, la Covid-19 a également été un sujet de recherche.

    Troisièmement, la collecte de fonds au Luxembourg fait partie des actions essentielles du bureau luxembourgeois, non seulement pour financer des projets au niveau local, mais aussi au niveau international.

    Un récent communiqué de presse mentionne des activités de sensibilisation auprès de la jeunesse luxembourgeoise et des projets de création d'emplois - pouvez-vous nous en dire plus ?

    Il est important de s'adresser aux jeunes d’aujourd'hui, car ils sont les adultes de demain qui prendront des décisions ayant un impact sur le monde. Il est important d'informer les jeunes de ce qui se passe ailleurs, de les inciter à devenir plus conscients et de développer chez eux des valeurs d'entraide et d'humanisme.

    Nous réfléchissons à différentes actions destinées spécifiquement aux jeunes ; par exemple, nous travaillons actuellement sur des partenariats avec des lycées et des collèges. Nous pensons que cela contribue également à en faire des citoyens éclairés, qui peuvent nous aider à faire connaître MSF, devenir des donateurs lorsqu'ils en ont les moyens, ou même rejoindre nos équipes s'ils se découvrent une fibre humanitaire et souhaitent un jour partir en mission avec MSF. 

    Suite à la crise en Ukraine, il y a eu un grand élan de solidarité. Que voulez-vous dire à tous ces donateurs qui se mobilisent maintenant, mais qui se sont aussi mobilisés auparavant pour d'autres causes ?

    À ces personnes de valeur, je ne peux que dire villmols merci, même si j'ai l'impression que le mot est souvent petit par rapport à l'effort qu'ils font. Bien sûr, ils n'ont pas besoin de mes remerciements, mais ils sont toujours là pour nous.

    Un jour, une personne que nous avons aidée m'a dit : « Ce n'est pas le fait que vous m'ayez aidé, mais c'est le fait que vous ayez pensé à nous, le fait que vous soyez là, et que nous sachions que nous ne sommes pas seuls ».

    Je pense que ce message touche tout le monde.

    Il peut s'agir de cette personne qui a couru pour MSF lors d'un défi de solidarité, ou de cet enfant qui a donné quelque chose pour MSF dans une école. Chaque action a un grand impact.

    Un dernier mot ?

    On me demande parfois si mon engagement bénévole en tant que membre du conseil d'administration de MSF au Luxembourg est volontaire. Parfois les gens ne le voient pas, mais cela nous prend beaucoup de notre temps à côté de notre travail, de nos familles, etc. Mais pour moi, c'est toujours une joie profonde. J'ai le sourire aux lèvres, je sens que je ne suis pas seul, que nous sommes tous ensemble et que nous allons de l'avant. Nous ajoutons tous une petite pierre à  une belle mosaïque.

    Lorsque je vois un bénévole ou une personne qui travaille au bureau, j'ai envie de lui dire : « Continuez comme ça. Vous ne pouvez pas imaginer l'impact que cela a au niveau international, mondial et planétaire. Vous faites un travail énorme. Chaque euro qui arrive, chaque effort, chaque petite action est très importante pour nous et pour toute l'humanité. »

    En outre,  je voudrais adresser un grand merci à nos donateurs et à tous ceux qui pensent à faire quelque chose pour l'humanité.

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