La plupart d’entre eux se sont établis dans des camps de fortune sans accès à une eau propre, sans nourriture, sans latrines et sans abri adéquat. Paul Jawor, spécialiste MSF en eau et assainissement, revient d’une mission dans le sud-ouest du Bangladesh et évoque les terribles conditions de vie des réfugiés et comment les équipes MSF mettent tout en œuvre pour leur apporter de l’eau propre et potable.
Paul, vous revenez tout juste du Bangladesh. Que pouvez-vous nous dire de la situation sur place ?
J’ai rarement vu autant de personnes – des centaines de milliers – vivant dans des abris de fortune et coincés dans une zone de la taille d’une petite ville européenne, avec très peu d’accès à des services de base. L’assistance arrive petit à petit mais les besoins des réfugiés, en particulier concernant l’accès à l‘eau propre, restent immenses.
À Unchiparang, un des camps dans lesquels MSF fournit une assistance médicale, les 33 000 personnes qui y vivent ne boivent que de l’eau de surface, qu’ils récupèrent dans les rizières, dans des flaques ou des trous d’eau peu profonds creusés à la main. La plupart des rares latrines débordent déjà, ce qui fait que les gens font leurs besoins à l’air libre, et polluent l’eau encore davantage.
L’assistance arrive petit à petit mais les besoins des réfugiés, en particulier concernant l’accès à l‘eau propre, restent immenses.
D’un point de vue géologique, le camp d’Unchiparang est un terrain plat avec des collines au milieu. Un ruisseau coule au milieu, mais seule une partie des réfugiés d’un côté des collines y a accès facilement. La terre est argileuse et lourde, et le sol devient très boueux dès qu’il pleut. La nappe phréatique est peu profonde et si vous creusez trop vous arrivez très vite à de l’eau salée en raison de la proximité de la mer.
Qu’ont pu faire les équipes MSF dans ces premières semaines pour améliorer l’accès à l’eau ?
Notre priorité, comme toujours dans ces situations, c’est de s’assurer qu’une eau propre et potable est disponible dans la clinique que nous avons montée dans le camp. Nous devons garantir que la structure de santé n’est pas un lieu où les patients peuvent être contaminés avec d’autres maladies, en particulier diarrhéiques. Le personnel de santé doit pouvoir se laver les mains et nettoyer son matériel, les patients doivent pouvoir prendre leurs médicaments avec un verre d’eau potable.
Nos équipes ont installé un long tuyau qui mène à plusieurs grands réservoirs pouvant fournir jusqu’à 30 000 litres d’eau traitée par jour.
Nous avons ensuite fait usage de la rivière, qui reste la principale source d’eau. Nos équipes ont installé un long tuyau qui mène à plusieurs grands réservoirs pouvant fournir jusqu’à 30 000 litres d’eau traitée par jour. C’est encore loin des standards acceptables pour une population aussi importante, mais nous sommes en train d’augmenter encore notre capacité, notamment pour les gens qui sont installés loin du ruisseau. Nous menons aussi une campagne d’information auprès de la population pour que les gens ne contaminent pas le cours d’eau.
À d’autres endroits du camp, nous utiliserons une version améliorée des trous d’eau creusés à la main. Nous avons commencé à creuser ces «puits», qui font jusqu’à deux mètres de diamètre et cinq de profondeur. Nous y ajoutons une plateforme en ciment pour empêcher la poussière de tomber, un muret pour arrêter les eaux de ruisseller et une ligne creusée à l’intérieur du puits pour empêcher la contamination par les eaux de surface. Et bien-sûr l’eau sera chlorée.
La plus grande difficulté, avec une telle surface et une telle population est de choisir où creuser les trous.
La plus grande difficulté, avec une telle surface et une telle population est de choisir où creuser les trous. Nous avons regardé dans les rapports médicaux de notre clinique et identifié avec nos équipes de promotion de la santé d’où venaient les cas de diarrhées les plus nombreux. Quand les puits seront construits, les familles qui vivent aux alentours, qui sont les plus vulnérables, recevront des jerrycans et des kits d’hygiène et de désinfection. Il est vital que la communauté soit entièrement impliquée et nos équipes vont leur apprendre à chlorer l’eau et à entretenir les sources d’eau.
Comment voyez-vous évoluer la situation dans les prochains mois pour les réfugiés d’Unchiparang ?
Avec la saison sèche qui approche, et de nouveaux réfugiés qui arrivent chaque jour, l’accès à l’eau va rester un gros problème dans tous ces camps de fortune. Le ruisseau qui court à travers Unchiparang va s’assécher dans deux ou trois mois, comme chaque année, et les trous d’eau fournir de moins en moins d’eau chaque jour.
Le ruisseau qui court à travers Unchiparang va s’assécher dans deux ou trois mois, comme chaque année.
Il est important que MSF et les autres acteurs présents anticipent et mettent en place des systèmes de distribution d’eau qui peuvent continuer à fonctionner pendant la saison sèche. Nous comptons construire quatre «piscines» dans le camp d’Unchiparang. On les appelle comme ça non pas parce que l’on peut nager dedans mais pour donner une idée de la taille de ces réservoirs. Ils mesurent sept mètres sur sept et sont profonds de quatre mètres. Ils peuvent contenir 200 mètres cubes d’eau et sont alimentés à la fois par la pluie et par l’eau souterraine.
Ce n’est pas une idée nouvelle. Ce type de réservoirs se retrouve dans chaque mosquée et dans quelques maisons privées de la région. Et MSF a déjà construit ce genre de systèmes lors d’autres d’interventions d’urgence, par exemple au Myanmar après que le cyclone Nargis ait dévasté le delta de l’Irrawaddy en 2008. Outre les activités médicales proprement dites, l’amélioration de l’accès à l’eau et des conditions d’hygiène est une partie importante des activités de MSF pour répondre aux besoins des réfugiés au Bangladesh.
MSF a déjà construit plus de 200 latrines, 25 trous d’eau améliorés et un système d’approvisionnement en eau par gravitation. L’organisation fournit aussi aux camps par camions une moyenne de 100 mètres cubes d’eau provenant du puits d’une de ses cliniques.