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Syrie

Syrie, Idlib - «Il y avait de gros bombardements : nous ne pouvions pas tout prendre»

Deir Hassan, un camp de personnes déplacées dans la province d'Idlib, Syrie, 2020. © Abdul Majid Al Qareh
Témoignages 
Récit de Moustafa Ajaj, le directeur du centre de santé transféré dans le camp de Deir Hassan, dans le nord-ouest de la Syrie, le 25 février 2020.

    Il y a deux semaines, Moustafa Ajaj, directeur d'un centre de santé MSF dans le nord-ouest de la Syrie, avait décrit à MSF la situation à Takad, une ville située dans l'ouest de la province d'Alep, abritant un grand nombre de familles déplacées qui avaient fui vers le Nord pour échapper à l'offensive des forces armées syriennes et de leurs alliés russes.

    Moustafa Ajaj a dirigé le centre de santé soutenu par MSF à Takad jusqu'à ce que la ligne de front se rapproche dangereusement et qu’il doive donc chercher un endroit plus sûr. Le centre de santé a maintenant été déménagé dans un bâtiment vide dans le camp de Deir Hassan, où vivent 120 000 personnes déplacées. Une équipe médicale de MSF intervient également dans le camp. 

    « Il n'y a plus de civils à Takad maintenant – il n'y a que des combattants. Le régime a pris Basratoun, à seulement 10 km à l'ouest de Takad, et Takad se trouve maintenant sur la ligne de front.

    Auparavant, il y avait environ 20 000 personnes à Takad – 12 000 habitants et 8 000 personnes déplacées. Mais le lendemain de notre dernière conversation [le 13 février], les gens ont commencé à fuir Takad et, le troisième jour, il n'y avait plus aucune famille dans la ville.

    Avec tous les autres, nous avons fui les bombardements et nous sommes allés vers Deir Hassan – car pour le moment, c'est une zone relativement sûre. Il y a eu un énorme rassemblement de personnes déplacées, qui se sont installées sous des tentes dans la région. Deir Hassan compte plus de 120 000 personnes déplacées, mais pas un seul centre de santé. C’est pourquoi nous avons choisi cet endroit.

    Ce premier jour, nous n'avons déménagé que l'essentiel de ce que nous pouvions transporter, car il y avait de gros bombardements et nous ne pouvions pas tout prendre.

    Nous avons pris l'équipement de laboratoire, l'échographe et l'équipement de surveillance cardiaque. Au départ, nous avons tout laissé à Termanine, qui est une zone sûre près de Takad, puis nous avons tout transféré à Deir Hassan lorsque les choses se sont un peu calmées, car le régime attaque maintenant le sud et l'est de la province d'Idlib.

    Au cours des trois ou quatre derniers jours, nous avons réussi à tout déménager, avec l’aide de MSF qui a payé tous les frais de transport.

    Aujourd'hui, nous avons un grand nombre de patients alors que le centre de santé n'est pas encore très connu. Je ne peux pas imaginer ce que cela sera quand on sera vraiment connu.

    L'équipe est composée d'un médecin interniste, d'un pédiatre et d'une gynécologue. En seulement quatre heures, nous avons reçu 60 à 65 enfants et à 11 heures du matin, nous avons dû cesser de recevoir des patients, car nous ne pouvions plus en prendre en charge. Nous sommes débordés. 

    Parmi les enfants, nous voyons de nombreux cas de bronchite – à cause des conditions météorologiques et des conditions de vie dans le camp – et aussi d’otite.

    Chez les adultes, nous voyons des cas de colite, de gastrite et de pharyngite. Nous constatons des infections des voies respiratoires supérieures chez les enfants, comme chez les adultes.

    Je vis maintenant à Al-Dana, où j'ai déménagé avec ma famille – c'est la cinquième fois que nous avons dû fuir. Mes enfants ne sont pas allés à l'école depuis un mois, depuis le début des combats. La plupart des enfants des camps ne sont pas scolarisés.

    Des personnes continuent d’arriver dans le secteur, mais elles ne viennent pas au camp de Deir Hassan, car il est plein. Elles installent leurs tentes à 2 ou 3 km de là. Les gens sont tributaires de l’aide, mais il n’y en a pas assez pour tout le monde. »