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Colombie

La vie précaire des migrants vénézuéliens à la frontière colombienne

Une femme et son enfant, migrants du Venezuela, consultent un agent de santé de MSF au centre de santé de MSF dans la province du Norte de Santander, en Colombie. Mai 2019. © Esteban Montaño/MSF
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Selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés, près de trois millions de Vénézuéliens ont fui leur pays ces dernières années en raison de la crise économique et politique. En Colombie, ils se heurtent à de nombreux obstacles pour accéder aux services de santé dans les régions de Norte de Santander, Arauca et La Guajira.

    Bien qu'en théorie, ils aient accès aux vaccins, aux soins d'urgence ou à un encadrement médical lors d’accouchements, les besoins médicaux de cette population sont trop importants pour que le système colombien puisse les satisfaire.

    Le manque de nourriture force des familles à partir

    C’est en se nourrissant uniquement de mangues pendant trois jours que Poellis Córdoba et son mari ont compris qu'il était temps de fuir le Venezuela. Après avoir subi plusieurs mois de pénuries alimentaires et avoir dû se rationner pour que leurs trois jeunes enfants aient à manger tous les jours, ils ont décidé de quitter le pays pour survivre.

    « Mon mari gagnait bien sa vie et nous vivions relativement bien. Mais petit à petit, la situation s'est dégradée au point de n’avoir assez d'argent que pour acheter des sardines et de la semoule de maïs. Je me souviens qu'à la fin nous pouvions à peine nourrir nos enfants. Et puis un jour, mon mari est arrivé avec une valise pleine de mangues, faute d’avoir pu trouver autre chose à manger. Quand nous les avons finies, nous avons compris que nous ne pouvions plus rester », explique Poellis.

    « La vie ici n'est pas simple »

    Son mari a d’abord rendu visite à certains de ses frères qui avaient émigré quelques mois plus tôt à Tibú, une ville frontalière de la Colombie dans la région de Norte de Santander. Sept mois plus tard, Poellis a fait le voyage avec son fils âgé de cinq ans. Il leur faudra un an de plus pour amener leurs deux autres enfants, âgés de sept et neuf ans. Aujourd'hui, toute la famille vit dans la colonie informelle de Divino Niño, un ensemble de maisons avec des planchers en bois, des murs en polyéthylène et des toits en zinc, où finissent les migrants vénézuéliens qui ne peuvent pas payer leur loyer.

    « La vie ici n'a pas été facile mais au moins, la nourriture ne manque pas pour les enfants », raconte Poellis. Les mauvaises conditions de vie et le risque de ne pas recevoir de nourriture ne sont que deux des problèmes auxquels Poellis et sa famille sont confrontées. Récemment, son plus jeune enfant a développé une petite inflammation à l’estomac. « Etant donné qu'on ne soigne pas les Vénézuéliens ici à l'hôpital, sauf urgence, j'ai décidé de l'emmener à la clinique MSF », explique-t-elle.

    Les femmes et les enfants particulièrement vulnérables

    Dans les régions frontalières de La Guajira, du Nord de Santander et d'Arauca, les services médicaux gérés par l'État ne sont pas ouverts aux migrants vénézuéliens, sauf en cas d'urgence, de vaccination et d'accouchement. En conséquence, entre novembre 2018 et mai 2019, plus de 12 000 Vénézuéliens ont eu recours aux services de soins de santé primaires et de santé mentale fournis par MSF. C'est le cas de Marilyn Díaz, qui est passée du Venezuela à Tibú il y a un an, et qui vient de donner naissance à sa deuxième fille dans un hôpital local. Après sa sortie de l'hôpital, elle a réalisé qu'elle devrait se rendre à la clinique MSF pour des médicaments et une consultation postnatale.

    Dans la communauté des migrants, les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables au manque d’accès aux services de santé. Entre novembre et mai, près de 40 % des patients rencontrés dans les cliniques MSF avaient moins de cinq ans. Les équipes ont assuré près de 2 500 soins prénatals et plus de 4 600 consultations de planification familiale. Les problèmes de santé les plus fréquents traités par MSF sont :

    • les allergies cutanées,
    • les infections respiratoires et urinaires,
    • les infections gynécologiques,
    • des problèmes liés à la diarrhée et aux parasites intestinaux chez les enfants de moins de 14 ans.

    En outre, près de 1 000 personnes ont bénéficié de consultations en santé mentale. Les principaux symptômes constatés sont l’anxiété et la dépression causées par les conditions de migration, les difficultés à trouver un emploi, et les séparations familiales.

    Le manque d'accès aux services de santé pour les Vénézuéliens en Colombie est une crise sanitaire qui mérite davantage d'attention de la part de la communauté internationale. Les besoins médicaux des migrants vénézuéliens ont submergé le système de santé colombien qui, pour le moment, ne dispose ni des ressources ni du personnel nécessaires pour les prendre en charge. En raison de ces limitations, de nombreux patients migrants n'ont pas pu recevoir une attention ponctuelle dans les salles d'urgence des hôpitaux, bien qu’ils y aient droit par la loi.
    Ellen Rymshaw, chef de Mission MSF en Colombie

    « Nous appelons à une plus grande implication de la communauté internationale pour faciliter l'assistance humanitaire et améliorer l'accès aux soins de santé pour la population vénézuélienne par le biais d'un soutien direct aux hôpitaux. C'est une crise à laquelle il est urgent de remédier », ajoute Ellen Rymshaw.

    Peu d’espoir à l’horizon

    Selon les calculs officiels, ce ne sont pas seulement les 350 000 Vénézuéliens qui résident dans ces trois régions frontalières qui ont besoin de services médicaux, mais les milliers de personnes qui traversent chaque jour la frontière. Ils viennent se procurer des soins médicaux et des médicaments, souvent pour des maladies qui ne sont pas considérées comme des urgences, mais qui nécessitent un traitement impossible à obtenir au Venezuela.

    Yamileth Gómez, en provenance de Seboruco, dans l'État de Táchira, a voyagé plus de quatre heures pour se rendre en Colombie, à la recherche d'un traitement pour l'hyperthyroïdie, diagnostiqué en janvier. « Au Venezuela, les médicaments dont j'ai besoin ne sont pas disponibles et ici, ils me coûtent plus que ce que je peux payer pour le moment. J'ai dû faire du stop pour venir parce que je n'avais pas d'argent pour un billet de bus », dit-elle. 

    Yamileth était enseignante mais elle a dû cesser de travailler en raison de problèmes de voix ainsi que d'autres symptômes tels que maux de tête, tachycardie, vomissements et diarrhée. « MSF m’aide à me procurer ce médicament. J'espère pouvoir reprendre une vie normale ».

    Les histoires de Poellis, Marilyn et Yamileth montrent les défis auxquels sont confrontés les migrants vénézuéliens à la frontière colombienne. Après avoir fui la crise qui régnait dans leur pays en raison de la pénurie, ils sont arrivés dans un pays qui ne leur offre pas d'opportunités d’accès à un logement sûr, un travail ou des soins de santé complets. Les limitations imposées par le système de santé publique et la vulnérabilité économique dans laquelle vivent les migrants font de l’accès aux soins médicaux une possibilité lointaine et incertaine qui met en péril le bien-être des personnes.