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Diabète. Insuline.

Diabète : stocker son insuline à des températures élevées, c’est possible !

Sidra, 12 ans, est atteinte de diabète de type 1. Elle a été admise à la clinique MSF dans le camp de Chatila, au sud de Beyrouth, il y a presque un an, où des stylos à insuline lui sont fournis. Liban, septembre 2019. © Jinane Saad/MSF
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Une étude, menée conjointement par MSF et l'Université de Genève, démontre qu’un flacon d’insuline, une fois ouvert, peut se conserver à des températures allant jusqu’à 37°C durant quatre semaines, sans perdre de son efficacité. Une découverte qui pourrait modifier le quotidien de milliers de personnes.

    Le diabète est une maladie qui demande un traitement quotidien et extrêmement précis : chaque jour, la personne diabétique doit s’injecter des doses multiples d’insuline, adaptées à son alimentation et son activité physique.

    Les patients disposent donc d’un stock de flacons d’insuline qui doit respecter la chaîne du froid de sa fabrication à son injection, selon le protocole pharmaceutique mis en place. Or, dans certaines régions du monde, notamment en Afrique subsaharienne, chaque foyer ne possède pas un réfrigérateur, forçant les diabétiques à se rendre quotidiennement à l’hôpital.

    C’est pourquoi Médecins Sans Frontières (MSF) a collaboré avec l’Université de Genève afin de tester le stockage de l’insuline en conditions réelles, soit à des températures oscillant entre 25°C et 37°C durant quatre semaines, qui est la durée usuelle d’utilisation d’un flacon une fois ouvert.

    Les résultats, publiés dans la revue PLOS ONE, démontrent que la quantité d’insuline utilisable reste identique à celle qui est conservée au froid et que son efficacité n’est pas altérée. Les personnes diabétiques peuvent ainsi gérer leur maladie sans devoir se rendre systématiquement à l’hôpital.

    Le diabète de type 1, caractérisé par un taux de sucre trop élevé dans le sang, peut avoir des conséquences très graves : coma, cécité, amputation des extrémités et décès.

    Il est aujourd’hui possible de bien le soigner, mais cela demande un traitement quotidien fondé sur l’injection d’insuline, qui permet de faire passer le sucre dans les cellules des tissus.

    « Le protocole pharmaceutique actuel exige que les flacons d’insuline soient conservés en permanence entre 2° et 8°C jusqu’à leur ouverture, suivant scrupuleusement la chaîne du froid, après quoi l’insuline humaine peut être conservée jusqu’à 25°C durant quatre semaines », précise Philippa Boulle, conseillère en maladies non transmissibles chez MSF.

    « Cela pose évidemment plusieurs problèmes, notamment dans les camps de réfugiés, où les températures sont plus élevées et où les familles ne disposent pas de réfrigérateur », déplore- t-elle. En effet, les personnes diabétiques peuvent se retrouver dans l’obligation de se rendre chaque jour à l’hôpital pour recevoir leur injection d’insuline, ce qui les empêche parfois de travailler ou les force à parcourir de longues distances.

    « Nous nous sommes tournés vers l’équipe du professeur Leonardo Scapozza afin d’analyser en profondeur les conditions dans lesquelles l’insuline peut être stockée, sans pour autant perdre de son efficacité », poursuit Philippa Boulle.

    Une étude menée en condition réelles

    Les experts ont constaté que la température dans une maison du camp de réfugiés de Dagahaley (au nord du Kenya) oscille entre 25°C la nuit et 37°C la journée. Ils ont donc scrupuleusement reproduit en laboratoire ces mêmes conditions et y ont testé le stockage de l’insuline.

    « Un flacon d’insuline peut être utilisé dans les quatre semaines qui suivent son ouverture, nous avons donc effectué des mesures également durant quatre semaines, une fois sur des flacons d’insuline conservés à température ambiante de l’Afrique subsaharienne, et une fois sur des flacons d’insuline « contrôle » conservés au froid », explique Leonardo Scapozza, professeur à la Section des sciences pharmaceutiques de la Faculté des sciences de l’Université de Genève.

    En utilisant la méthode de la chromatographie en phase liquide à haute performance, l’équipe de l’Université de Genève a analysé la protéine d’insuline. « Le risque est que sous l’effet de la chaleur, la protéine d’insuline précipite, c’est-à-dire qu’elle se mette à former des sortes de flocons qui ne sont plus en solution liquide et dès lors, ne peuvent plus être injectés », précise le chercheur.

    Pas de différence entre les modes de stockage

    Les résultats de leur recherche démontrent que toutes les préparations d’insuline conservées à température ambiante oscillante, telle que rencontrée sur le terrain, avaient enregistré une perte ne dépassant pas 1%, tout comme celles conservées au froid durant les quatre semaines réglementaires. « La loi sur les préparations pharmaceutiques permet d’atteindre une perte allant jusqu’à 5%, nous sommes donc bien en dessous », s’enthousiasme Leonardo Scapozza.

    Autre point capital, les chercheurs de l’Université de Genève ont également constaté que l’activité de l’insuline demeurait totalement intacte. Pour vérifier cela, ils ont testé des protéines d’insuline sur des cellules et comparé leur réaction avec de l’insuline volontairement désactivée.

    « Enfin, avec l’aide du groupe du professeur Michelangelo Foti, nous avons étudié des flacons d’insuline venus directement du camp de Dagahaley avec toujours le même constat, l’insuline était parfaitement utilisable », continue Leonardo Scapozza.

    Des résultats qui peuvent modifier le quotidien de milliers de personnes

    Pour la première fois, une étude scientifique démontre que l’on peut utiliser des flacons d’insuline durant quatre semaines même par temps chaud, sans pour autant les conserver au réfrigérateur.

    « Ces résultats peuvent ainsi servir de base pour changer les perspectives de gestion du diabète dans les contextes à faible ressources, en permettant aux patients de ne plus se rendre quotidiennement à l’hôpital pour l’injection de leur dose d’insuline », explique Philippa Boulle. Ainsi, les diabétiques ne seraient plus discriminés et pourraient mener une vie normale, travailler, etc.

    « Bien sûr, cela devra être accompagné d’un programme d’éducation, de soutien et de suivi, afin que les personnes diabétiques soient aptes à mesurer leur taux de glycémie et à s’injecter la bonne quantité d’insuline, pour leur permettre de gérer leur maladie correctement et plus librement. Pour soutenir cet objectif, nous espérons voir l’élaboration d’une déclaration de consensus sur l’utilisation domestique de l’insuline à des températures chaudes en l’absence de réfrigération, approuvée par l’OMS », conclut Philippa Boulle.

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