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Destruction dans la ville de Gaza où les frappes aériennes israéliennes ont tué des centaines de personnes depuis le 10 mai 2021. ©MSF

Palestine

Gaza : Les blessures ne disparaissent pas quand les bombardements cessent

Destruction dans la ville de Gaza où les frappes aériennes israéliennes ont tué des centaines de personnes depuis le 10 mai 2021. ©MSF
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    Entre le 10 et le 21 mai, des frappes aériennes et des tirs d’artillerie israéliens ont tué plus de 250 personnes et blessé près de 2 000 autres dans la bande de Gaza. En l’espace de seulement onze jours, beaucoup de Gazaouis ont vu leurs maisons et leurs vies détruites. En Israël, des roquettes et d’autres projectiles lancés de Gaza ont tué 13 personnes, dont un enfant et un adolescent, et ont blessé plus de 700 personnes.

    Des infrastructures vitales à Gaza, telles que les routes, les installations sanitaires, les structures de santé et les écoles – dont beaucoup avaient déjà été impactées par les précédentes offensives israéliennes – ont également été endommagées ou détruites. La moitié du réseau électrique de Gaza ne fonctionne pas et plus d’une dizaine d’établissements de santé, dont le laboratoire central d’analyses pour les tests de Covid-19, ont été endommagés.

    Des blessures à vie

    « C’était le premier jour de l’Aïd », se rappelle Hani. Le jeune homme de 26 ans était en train de rentrer chez lui après avoir fait des courses pour préparer les célébrations de la fin du mois de Ramadan lorsqu’il a été blessé. « Je m’apprêtais à ouvrir la porte de chez moi lorsqu’un missile a touché le bâtiment d’à côté ». Hani et l’un de ses voisins ont été gravement blessés par le bombardement, et deux autres voisins ont été tués sur le coup.

    Les os de la jambe du jeune homme ont été brisés par des débris. Incapable de bouger, il a protégé sa tête et attendu que les bombardements s’arrêtent. Quatre frappes distinctes ont eu lieu avant que des ambulanciers arrivent pour le transporter jusqu’à l’hôpital. Dix jours après l’accident, les effets à long-terme de ses blessures sont toujours durs à accepter. Hani aura besoin de plusieurs opérations de chirurgie reconstructrice et de chirurgie plastique avant de pouvoir marcher à nouveau.

    « La violence de ces dernières semaines a créé une énorme cohorte de nouveaux patients, qui vont devoir faire face à des situations de handicap et à plusieurs séries d’opérations chirurgicales au cours des mois et même des années à venir » explique Helen Ottens-Petterson, cheffe de mission pour Médecins Sans Frontières à Gaza.

    Privés d’accès aux soins

    Pendant l’offensive, beaucoup de personnes à Gaza n’ont pas pu accéder aux soins de santé à cause de pénuries de médicaments et de fournitures médicales.

    C’était 11 jours de massacre
    Mohammed, 31 ans, blessé par une balle dans la jambe

    Mohammed, 31 ans, a dû se rendre à l’hôpital à plusieurs reprises, faute de traitements. Blessé par une balle dans la jambe pendant la « Grande Marche du Retour » en 2018, il a dû être opéré 30 fois au cours des trois dernières années. En mai, il a terminé un traitement lié à une infection des os et a finalement pu sortir de l’hôpital. C’est à ce moment-là que l’offensive a commencé. « La pharmacie a augmenté ses prix quand les bombardements ont commencé et je n’avais plus les moyens de payer mes pansements et mes médicaments », raconte-t-il. Ses blessures sont de nouveau gravement infectées. « C’était 11 jours de massacre. C’est ce que c’était. »

    Le point de passage d’Erez, entre Israël et Gaza, est resté fermé pendant 10 jours, sans possibilité d’approvisionner les stocks médicaux des structures de santé traitant les blessés. Des équipes de MSF venues en renfort ont apporté des fournitures médicales nécessaires, comme des poches de sang, lorsqu’elles ont enfin pu rentrer dans la bande de Gaza le 24 mai. L’accès humanitaire pour les équipes et le matériel médical reste un défi dans l’enclave. Les pénuries de certains médicaments et de services comme l’électricité ou le gaz étaient déjà courantes bien avant la récente offensive.

    Renforcer la réponse médicale

    « Gaza est dans un état de crise humanitaire permanente. Le blocus en place depuis des années et l’escalade des violences ces dernières semaines ont rendu la situation encore plus catastrophique qu’elle ne l’était déjà, ajoute Ottens-Patterson. Le cessez-le-feu qui est en place tient depuis une semaine, mais nous sommes inquiets pour les Gazaouis qui doivent faire face à ces destructions».

    Les équipes de MSF à Gaza ont continué de travailler pendant l’offensive, dans des conditions dangereuses. Parfois, elles étaient tout simplement incapables d’assurer les services médicaux. Une clinique de MSF dans la ville de Gaza a été endommagée par les bombardements aériens et est restée hors service pendant quelques jours. Les consultations ambulatoires ont toutefois pu reprendre le 20 mai et, depuis que les bombardements se sont arrêtés, MSF a renforcé ses activités régulières. 

    L’hôpital d’Al-Awda, dans lequel MSF dirige une unité chirurgicale, a aussi été endommagé par trois frappes aériennes, qui ont détruit trois bâtiments du quartier de Jabalia. Le bureau logistique de MSF, situé dans l’hôpital, ainsi que plusieurs fenêtres et d’autres installations ont également été endommagés.

    Les équipes ont effectué plus de 100 opérations chirurgicales aux urgences de cet hôpital, sur des patients qui avaient été blessés par des tirs de missiles ou d’artillerie. MSF a aussi fait don de fournitures médicales au Ministère de la santé afin de soutenir d’autres structures médicales soignant des blessés.

    Le seul laboratoire central d’analyses pour les tests COVID-19 a également été endommagé, ce qui représente une autre cause d’inquiétude concernant l’évolution de la pandémie dans la bande de Gaza. « Nous n’avons plus de visibilité sur l’épidémie à Gaza, puisque le seul laboratoire d’analyses a été touché. C’est inquiétant concernant la propagation du virus dans la bande » explique la cheffe de l’équipe médicale de MSF à Gaza, Tatiana Chiarella. MSF a distribué des masques et des gels désinfectants pour les mains aux personnes déplacées par les bombardements qui avaient trouvé refuge dans des écoles.  

    « Je n’ai que 23 ans, ajoute un autre patient, également prénommé Mohammed. Il a été sévèrement blessé aux bras et aux gens par une bombe, alors qu’il rentrait de la ferme. « J’aimerais penser à un futur plein d’espoir, mais tout ce que j’ai en tête, c’est la guerre. »