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MSF Libéria Santé mentale

Libéria

Proposer des soins psychiatriques à proximité du domicile

Des volontaires locaux, des agents de santé et des membres du personnel de MSF ont célébré l'ouverture des activités de santé mentale à West Point, au Libéria. Juillet 2019. © Clément Lier/MSF
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MSF déploie actuellement un programme de soins gratuits pour les personnes présentant des troubles de santé mentale au Libéria, dont les activités ont débuté ce mois-ci dans le township densément peuplé de West Point, à Monrovia.

    Ce programme, géré en collaboration avec le ministère de la Santé et d’autres partenaires, fournit actuellement des soins ambulatoires à environ 1 350 personnes présentant des troubles mentaux ou souffrant d’épilepsie dans un ensemble de cinq structures de santé à Monrovia et d’autres zones du Comté de Montserrado. Le traitement de l’épilepsie y est inclus, car il fait partie de la stratégie de santé mentale nationale du Libéria.

    Les troubles mentaux graves sont une réalité dans tous les pays, et touchent environ deux à trois pour cent de la population chaque année.
    Dr Gregory Keane, conseiller en santé mentale pour MSF

    « Les personnes atteintes de psychose non traitée, de dépression sévère ou d’autres troubles graves peuvent s’avérer moins aptes à prendre soin d’elles-mêmes et à gérer leur quotidien. Les familles ne savent pas quoi faire face à ces affections quand les soins médicaux ne sont pas accessibles », explique le Dr Keane.

    Ces trente dernières années, les Libériens ont enduré deux guerres civiles et une épidémie d'Ebola qui a fait des milliers de morts dans la région, y compris parmi le personnel de santé. Comme de nombreux pays à faible revenu, le Libéria ne peut proposer que des services médicaux limités aux personnes souffrant de troubles mentaux, car il ne dispose que d’un hôpital psychiatrique et de deux psychiatres.

    Toutefois, le ministère de la Santé travaille en étroite collaboration avec MSF et d’autres organisations pour améliorer sa stratégie de fourniture de soins psychiatriques au niveau communautaire, nous explique le Dr Keane. Dans le cadre de cette stratégie, une équipe de MSF supervise et soutient neuf cliniciens en santé mentale dans des centres de soins primaires à Bensonville, à Bromely, à Clara Town, à Pipeline et à West Point. Les cliniciens, qui ont suivi une formation de six mois, évaluent les patients et proposent des soins avec le soutien continu d’un psychiatre de MSF, Hassan Nasser, et le psychologue Saima Zai. 

    Il est crucial d’aider les familles et les communautés à comprendre ce dont souffre une personne et à soutenir leur traitement afin de surmonter les stigmatisations sociales et d’éviter les pratiques préjudiciables.
    Hassan Nasser, psychiatre MSF

    « De nombreuses personnes souffrant de troubles mentaux tentent depuis des années de trouver la voie de la guérison auprès de guérisseurs spirituels et d’herboristes, sans recevoir de traitement médical », poursuit Hassan Nasser. « J’ai vu des personnes enchaînées ou enfermées chez elles par peur des stigmatisations sociales et des comportements agressifs. Mais une fois que les gens reconnaissent ces troubles comme de véritables problèmes médicaux et que ces personnes reçoivent des soins, elles peuvent enfin soulager leurs symptômes et vivre normalement au sein de leurs communautés. »

    La demande de soins psychiatriques est déjà élevée à West Point, zone urbaine fortement peuplée, où vivent des dizaines de milliers de personnes sur une étroite péninsule côtière. MSF, le ministère de la Santé et le Conseil national catholique de la santé travaillent en collaboration dans le centre de soins primaires de West Point, Star of the Sea.

    Auparavant, plus d’un quart des patients présentant des troubles mentaux dans la zone voisine de Clara Town résidaient à West Point. Maintenant que les soins sont disponibles localement, les patients devraient se faire plus nombreux.

    La densité de population à West Point est très, très élevée.
    Justine Hallard, coordinatrice du projet de MSF

    « Il y a parfois des inondations dans cette zone, donc la population vit dans des conditions très difficiles, dans des habitations surchargées. Le stress peut causer des taux plus élevés de troubles mentaux », poursuit Justine Hallard.

    Comme ailleurs, le programme de santé mentale de West Point dépend fortement des travailleurs locaux, que l’on appelle les agents bénévoles de santé communautaire publics. Ceux-ci rendent visite aux patients et mènent un suivi médical par téléphone. Avec le soutien de MSF, quatre bénévoles de West Point rendent visite aux patients à domicile, aident les familles à comprendre les problèmes psychiatriques et encouragent l’observance du traitement.

    « Les agents bénévoles de santé communautaire publics jouent un rôle essentiel dans ce programme », explique Justine Hallard. « Si nous accroissons le nombre de patients chaque mois, c’est grâce à leurs efforts incroyables. Ils savent comment parler aux gens et sensibiliser aux troubles mentaux, ainsi que renforcer le rôle joué par les familles et les communautés dans le soutien des personnes qui nécessitent des soins. » 

    MSF fournit la plupart des médicaments psychiatriques dans les cinq structures de santé participantes. Au Libéria, les malades ne sont pas toujours en mesure de se procurer les médicaments psychiatriques dont ils ont besoin, et les approvisionnements sont parfois interrompus, poussant les patients à la rechute.

    Selon Benjamin Ballah, secrétaire général de Cultivation for Users' Hope, organisation libérienne militant pour la mise en place de services de santé mentale, c’est l’une des principales difficultés que rencontrent les personnes souffrant de troubles mentaux au Libéria.

    « Il y a beaucoup de personnes qui souffrent de maladies mentales », explique Benjamin Ballah.

    Ce que nous déplorons, c’est que les soins psychiatriques ne reçoivent pas le même soutien que les autres soins médicaux. Or, on ne peut pas construire de système de santé résilient sans soins psychiatriques.
    Benjamin Ballah, secrétaire général de Cultivation for Users' Hope

    Selon Benjamin Ballah, surmonter les stigmatisations sociales est l’autre enjeu majeur. En tant que défenseur, il explique aux gens qu’il a lui-même souffert de troubles mentaux par le passé, et que grâce au traitement, il a pu guérir, achever ses études et devenir instituteur.

    Les patients atteints d’épilepsie rencontrent également des difficultés au sein de la société, mais le traitement peut les aider. Avec le soutien de MSF, des cliniciens examinent les patients épileptiques et leur délivrent des médicaments pour maîtriser les crises, conformément aux directives nationales et internationales.

    « On observe des stigmatisations quand les malades ne parviennent pas à maîtriser leurs crises et à fonctionner normalement », explique Justine Hallard. « Les enfants qui souffrent d’épilepsie ne peuvent souvent pas aller à l’école parce qu’ils y sont stigmatisés et ne jouent même pas avec les autres enfants. Maintenant qu’ils sont sous traitement, ils peuvent retourner à l’école et mener une vie normale. » 

    MSF au Libéria

    MSF a commencé à travailler au Libéria en 1990 et proposé des soins médicaux durant les années de guerre civile. En 2014, MSF est retournée dans le pays pour répondre à l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Actuellement, MSF gère un hôpital pédiatrique, l’hôpital de Bardnesville Junction, ainsi que le programme de santé mentale, lancé en 2017.