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MSF; épidémie, rougeole, urgence, vaccination

5 choses à savoir pour éviter des millions de décès

Un médecin MSF soigne un patient âgé de neuf ans, qui souffre de la rougeole, dans l'unité de lutte contre la rougeole de l'hôpital de Biringi, gérée par MSF. Novembre 2019. RDC. © Alexis Huguet
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Chaque année, des millions de personnes dans le monde meurent de maladies ou de causes évitables. Un grand nombre sont des nouveau-nés ou des enfants, âgés pour la plupart de moins de cinq ans et vivant dans des pays à faible revenu.

    Certaines des maladies ou des causes auxquelles ils succombent n’existent plus au Luxembourg et dans les autres pays à haut revenu,

    • où les programmes de vaccination ont considérablement réduit, et dans certains cas complètement éliminé, les taux de mortalité associés à certaines maladies,
    • où les systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement performants permettent à chacun d’avoir accès à l’eau potable,
    • où le remboursement des médicaments n’endettent pas les bénéficiaires et ne les contraint pas à renoncer aux soins par peur de plonger dans la pauvreté, (à l’exception de personnes exclues, notamment les migrants qui auraient besoin d’être soutenues par une couverture sanitaire universelle)
    • et où la densité des infrastructures sanitaires et en ressources humaines qualifiées favorisent la prise en charge des patients, même pour des interventions très techniques et spécialisées.

    L’expérience des pays à haut revenu et celle des équipes MSF dans plus de 70 pays montrent qu’une grande partie des millions de décès d’enfants survenant chaque année dans les pays en voie de développement pourrait être évitée avec des solutions qui ont fait leur preuve, telles que des campagnes de vaccination, l’accès à l’eau potable, à des médicaments à des prix abordables et à des soins de base et spécialisés.

    1) Une épidémie peut ne pas être mortelle

    Des millions de personnes meurent chaque année de maladies infectieuses évitables ou faciles à traiter. Les maladies contagieuses à potentiel épidémique restent, au niveau mondial, la principale cause de mortalité chez les enfants âgés de 1 à 59 mois.

    Les épidémies* de choléra, de rougeole et de fièvre jaune peuvent se propager rapidement et semer la mort, et constituent un risque particulier lorsque les conditions de vie sont mauvaises. Le paludisme est endémique** dans plus de 100 pays. Des millions de personnes vivent avec le VIH/sida et la tuberculose et ont besoin d'un traitement approprié.

    MSF est présente sur les lignes de front des épidémies du monde, pour soigner les patients, vacciner les plus vulnérables et prévenir la transmission. Les enfants représentent, du reste, 60% de tous les patients pris en charge par les équipes MSF dans l’ensemble de ses projets.

    Parmi les crises que nos équipes ont affronté l'année dernière, il y a eu en 2019 de graves épidémies de rougeole qui se sont propagées dans plusieurs pays, dont le Cameroun, le Nigéria, le Tchad et le Liban, et ont fait des milliers de morts. Avec 310 000 cas et environ 6 000 décès, dont les trois quarts chez les enfants de moins de cinq ans, la République démocratique du Congo (RDC) a été la plus touchée.

    Les enfants ne devraient pas mourir d’une maladie évitable comme la rougeole. Contrairement au nouveau coronavirus, un vaccin contre la rougeole est disponible depuis des décennies, et nous devons faire en sorte que le plus grand nombre possible d’enfants y aient accès. »
    Adelaide Ouabo, coordinatrice médicale de MSF

    2 271 900
    c'est le nombre de vaccinations de routine réalisées par les équipes MSF en 2019.
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    La pire épidémie de rougeole au monde

    Une épidémie de rougeole, d'une ampleur inédite, ravage la RDC depuis mi-2018. MSF a offert des activités de surveillance, des campagnes de vaccination de masse et le traitement des cas compliqués dans 16 provinces. Nos équipes ont vacciné plus de 679 500 enfants et en ont soigné quelque 48 000 dans nos structures.

    La rougeole est une maladie évitable par la vaccination, mais l'incapacité de couvrir toutes les zones de santé avec les vaccinations de routine et le retard accumulé dans l'organisation de campagnes de rattrapage expliquent en partie la virulence de cette épidémie. En RDC, plusieurs facteurs contribuent à la faible couverture vaccinale : le manque de vaccins, de vaccinateurs et d'accès aux structures de santé, ainsi que des difficultés logistiques, comme le transport. De plus, la concomitance des épidémies de rougeole et d'Ebola a compliqué la réponse.

    Qui sont les plus vulnérables?

    Les épidémies peuvent mettre à rude épreuve même les systèmes de santé les plus solides, mais les personnes qui présentent le risque d'infection le plus élevé sont principalement celles qui vivent dans la pauvreté ou dans des zones de grande instabilité. Dans de tels contextes, les conditions de vie sont précaires, l'accès aux soins est loin d'être accordé à tous ceux qui en ont besoin, et les vaccinations de routine sont souvent interrompues ou limitées.

    Citons en exemple la résurgence de la diphtérie, une maladie devenue rare dans de nombreuses régions du monde grâce aux efforts de vaccination, mais qui a refait surface dans les camps de réfugiés au Bangladesh fin 2017. Les réfugiés rohingyas qui ont fui au Bangladesh à la suite de violences ethniques envers leur communauté au Myanmar ont été largement exclus des soins de santé dans leur pays d'origine. Ainsi, de nombreux Rohingyas n'ont jamais été vaccinés, ce qui les a rendus plus susceptibles de contracter des maladies telles que la diphtérie.

    Les besoins des patients

    Dans les conflits armés, la destruction complète ou partielle des infrastructures de santé augmente le risque qu'une grave épidémie survienne. Au Yémen, ce pays déchiré par la guerre où le système de santé s'est effondré et de nombreux hôpitaux ont été bombardés, les épidémies sont courantes, en raison du mauvais assainissement, du manque d’eau potable, d’une pénurie de vaccins et de lacunes dans les programmes de vaccination de routine. En 2019, nos équipes ont lutté contre des épidémies de choléra, de rougeole, de diphtérie et de dengue.

    L’échec à répondre de manière adéquate aux épidémies se traduit par une mortalité excessive, qu’elle soit directement liée à une maladie responsable de l’épidémie ou de la détérioration de l’état de santé de la population suite à l’épidémie (niveaux accrus de malnutrition dus à une épidémie de rougeole par exemple).

    Pour être efficace, toute riposte à une flambée épidémique doit être centrée sur les besoins des patients et des communautés touchées.

    Une réaction rapide peut réduire considérablement le nombre de personnes qui contractent la maladie et qui en meurent.

    La vaccination reste l'un des moyens les plus efficaces de prévenir les maladies mortelles. Ainsi, selon l’Organisation mondiale de la Santé, administrer la série de vaccins recommandés par l’OMS et MSF permet d’éviter 2 à 3 millions de morts chaque année. Il s’agit actuellement du BCG (contre la tuberculose), du DTC (contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche), du vaccin conjugué antipneumococcique, et des vaccins contre la poliomyélite, l’hépatite B, l’Haemophilius influenzae type b (Hib), le rotavirus, la rougeole, la rubéole, la fièvre jaune et le papillomavirus humain, bien que tous ne soient pas recommandés partout.

    Dans les pays où la couverture vaccinale est généralement faible, MSF s’efforce d’offrir des vaccinations de routine aux enfants de moins de cinq ans dans le cadre de ses programmes de soins de santé primaire. La vaccination est également un élément clé de la réponse de MSF aux épidémies de rougeole, de choléra, de fièvre jaune et de méningite. Dans les contextes de crises humanitaires, qui entraînent souvent des déplacements de population ou la dégradation rapide des conditions de vie et de santé, MSF organise des campagnes d’immunisation de masse pour réduire la charge des maladies évitables par la vaccination, et diminuer les risques d’épidémies, notamment de rougeole ou de choléra.

    * Par épidémie, on entend une augmentation, souvent soudaine, du nombre de cas d’une maladie au-delà de ce qui est normalement attendu au sein d’une population et d’une zone donnée.
    ** Endémique : présent en permanence

    2) L’eau potable, accessible à tous

    Pour réduire le risque de propagation d’une épidémie de maladies d’origine hydrique, l’accès à l’eau et les règles d’hygiène élémentaires sont essentiels.

    L’eau est une source de vie essentielle, mais une eau contaminée peut aussi entraîner la mort. Certaines maladies, comme par exemple les diarrhées qui peuvent être mortelles dans de nombreux contextes, sont directement causées par une dégradation de l’hygiène, un environnement insalubre, une eau de mauvaise qualité.

    842 000
    personnes meurent chaque année de maladies diarrhéiques causée par de l’eau contaminée.

    Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), deux milliards de personnes boivent régulièrement de l’eau contaminée par des matières fécales, ce qui les expose à un risque de contracter une multitude de maladies d’origine hydrique.

    Toujours selon l’OMS, 842 000 personnes meurent chaque année de maladies diarrhéiques causée par de l’eau contaminée, dont la plupart sont des enfants de moins de cinq ans. Chaque année, 361 000 décès d’enfants pourraient être évités en installant des systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement.

    Les maladies liées à l’eau font moins de bruit que les armes, mais elles tuent encore plus.

    Lorsque l’eau est contaminée par des matières fécales, elle contient des virus et des bactéries qui peuvent être à l’origine de maladies dont certaines sont mortelles. L’utiliser pour la boire, laver les fruits et légumes ou encore faire la cuisine peut entraîner le choléra, la typhoïde, l’hépatite A ou l’hépatite E ou des diarrhées sanglantes comme la dysenterie… »

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    La réponse de MSF

    Pour prévenir les diarrhées, le plus efficace est d’améliorer l’accès à l’eau à des populations qui en sont privées.

    Fournir de l'eau potable, cela signifie d'abord en trouver. Les lacs et rivières sont les sources d'approvisionnement les plus accessibles, mais souvent les plus polluées. Les équipes MSF peuvent aussi chercher de l'eau dans des nappes souterraines, en forant ou en creusant des puits. L'eau n'est pas toujours naturellement potable, il faut donc en contrôler la qualité et la traiter, en filtrant l'eau, en la décantant, puis la désinfecter à l'aide de chlore.

    Il s'agit ensuite de la distribuer et donc la rendre accessible. Dans un camp de réfugiés, par exemple, les équipes MSF doivent prévoir un point d'eau pour 200 à 250 personnes. L'eau doit également être stockée, la plupart du temps dans des jerricanes faciles d'utilisation et qui, à la différence des seaux, sont plus difficilement contaminables.

    Dans les contextes d’urgence, MSF participe à l’approvisionnement en eau potable et à l’installation de systèmes d’assainissement adéquats. L’eau potable et l’élimination des déchets sont en effet des priorités. Quand il n’y a aucune source d’eau potable à proximité, MSF achemine l’eau par camions citernes et organise des campagnes d’information pour promouvoir l’utilisation d’installations sanitaires et garantir de bonnes pratiques d’hygiène.

    Eau potable et assainissement sont aussi indispensables aux activités médicales des équipes MSF. Les équipes de MSF s’assurent de l’existence d’un système d’approvisionnement en eau potable et de gestion des déchets dans toutes les structures de santé où nous travaillons.

    Le travail des spécialistes en eau, hygiène et assainissement n’est pas seulement un travail technique, puisqu’il vise à prévenir les maladies liées à un mauvais environnement. L’assainissement d’un site participe à l’amélioration de l’état de santé des populations et permet donc aux équipes médicales de soigner dans les meilleures conditions possibles. »

    Maladies liées à l’eau

    Le choléra est transmis par une bactérie et se propage via l’eau contaminée ou la nourriture. Les symptômes comprennent des diarrhées et vomissements qui peuvent conduire à une déshydratation sévère. Sans traitement, les patients peuvent décéder en quelques heures. Les épidémies de choléra se déclenchent surtout dans les zones où l’approvisionnement en eau et les conditions sanitaires sont insuffisants.

    C’est une maladie qui, sans traitement, tue 50% des personnes infectées. Cependant, avec des soins médicaux appropriés, le taux de mortalité tombe à seulement 2%. En cas d’épidémie, la vaccination anticholérique constitue un moyen efficace de contenir la propagation de la maladie. Grâce à de bonnes pratiques d’hygiène et à un système d’assainissement performant, il est également aisé de se prémunir de la maladie. En 2019, MSF a soigné 47 000 patients atteints de choléra dans 8 pays (au Burundi, Cameroun, Éthiopie, Mozambique, RDC, Soudan, Tanzanie, Yémen).

    Le paludisme est transmis par des moustiques infectés. Sa forme sévère atteint les organes et est mortelle en cas d’absence de traitement. Dans plusieurs régions du monde, on dénombre des pics saisonniers du paludisme, ce qui provoque plus de morts que jamais. En 2019, MSF a soigné 2 638 200 cas de paludisme dans 21 pays. (au Burkina Faso, Burundi, Cambodge, Cameroun, Guinée, Guinée-Bissau, Inde, Kenya, Libéria, Mali, Mozambique, Niger, Nigéria, RCA, RDC, Sierra Leone, Soudan, Soudan du Sud, Tchad, Tanzanie, Vénézuela).

    Pour prendre un exemple, en 2019, MSF a lutté contre deux graves épidémies de paludisme et de choléra dans tout le Burundi. Le pays a connu une progression significative du paludisme en 2019, avec près de neuf millions de cas recensés de janvier à décembre et une épidémie de choléra sans précédent. Les équipes MSF y ont répondu en traitant 174 500 cas de paludisme et 1 080 cas de choléra.

    3) Les médicaments ne devraient pas être un luxe

    Les maladies respiratoires, souvent dues à des infections à pneumocoques, sont potentiellement évitables grâce à la vaccination. L’introduction dans les plans de vaccination du vaccin contre la pneumonie se fait malheureusement lentement, essentiellement pour des raisons économiques, à cause d’une tarification élevée. Le PCV13, qui protège contre la pneumonie, n’est par exemple présent que dans un tiers des programmes de vaccination dans le monde en raison de son prix prohibitif.

    1 million
    c'est le nombre d'enfants qui meurent chaque année de la pneumonie.

    Les équipes médicales de MSF font face depuis longtemps à des difficultés pour obtenir des traitements efficaces et abordables pour leurs patients. À la fin des années 1990, de plus en plus frustrée de voir des personnes mourir de maladies curables, MSF a commencé à documenter le problème et à se joindre à des groupes de patients pour dénoncer la situation avec force, et exiger des mesures.

    En 1999, MSF a publiquement lancé la Campagne pour l'accès aux médicaments essentiels, devenue depuis la Campagne d'accès, pour lutter contre les obstacles politiques et juridiques qui entravent l’accès à des traitements dont les gens dans les communautés où nous travaillons et au-delà ont besoin. Cette même année, MSF a reçu le Prix Nobel de la paix et a dédié ce fonds pour améliorer les traitements et stimuler la recherche sur les maladies négligées, dans le cadre des activités de la Campagne.

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    À l'époque, l'épidémie de VIH/sida faisait rage dans le monde entier. Des médicaments antirétroviraux vitaux avaient transformé le VIH en une pathologie chronique gérable dans les pays riches, mais leur prix les rendait inabordables dans les autres pays. De plus, pour des maladies négligées telles que la tuberculose, le paludisme et la maladie du sommeil, les traitements étaient soit inexistants, soit inefficaces, toxiques ou peu adaptés aux contextes dans lesquels nous travaillons.

    Pendant 20 ans, MSF a œuvré avec la société civile pour que les laboratoires pharmaceutiques, les gouvernements et d'autres fassent passer la vie et la santé des gens avant les brevets et les profits. Le mouvement pour l'accès aux médicaments a brisé le monopole des brevets ouvrant ainsi la voie à la production de génériques et à la concurrence pour les antirétroviraux. Les prix ont dès lors chuté de 99 % en 10 ans. Ce succès et d’autres pour l'hépatite C, le paludisme, la pneumonie, la maladie du sommeil et la TB sont retracés dans ces pages.

    Cependant, nombre de nouveaux médicaments, outils de diagnostic et vaccins sont vendus de plus en plus cher, les monopoles se renforcent et nous manquons toujours de moyens pour lutter contre la résistance croissante aux agents antimicrobiens et des épidémies notamment d'Ebola et de Covid-19. À travers sa Campagne d'accès, MSF continue de plaider pour une refonte de l'écosystème de l'innovation médicale afin qu'il réponde mieux aux besoins sanitaires de nos patients. Par exemple, la recherche médicale étant largement financée par les gouvernements, MSF exige plus de transparence sur les coûts de développement et de production de médicaments, ainsi qu’un renforcement du rôle du secteur public pour garantir que les médicaments soient abordables et accessibles.

    La crise de l'accès aux médicaments et de l'innovation n'affecte plus seulement les pays en développement. Elle est aujourd’hui mondiale. Notre slogan, « Les médicaments ne devraient pas être un luxe » reste d'actualité. Ensemble, nous devons intensifier nos efforts pour étendre l'accès des populations à des outils de santé vitaux. 

    La santé des personnes doit devenir la priorité et passer avant les bénéfices.

    Aujourd’hui, dans un pays comme le Luxembourg, les enfants n’attrapent généralement plus de pneumonie, car ils sont vaccinés par le vaccin pédiatrique. Mais la pneumonie reste la principale cause de mort infantile dans le monde. Il y a un tel écart entre ces deux réalités… C’est précisément pourquoi les programmes et les campagnes de vaccination sont si importants. Mais les pays eux-mêmes doivent pouvoir financer les vaccins, et celui contre la pneumonie est l’un des plus coûteux jamais mis sur le marché.

    Jusqu’il y a peu, même MSF devait débourser des sommes exorbitantes pour ce vaccin. Depuis fin 2016, après la campagne de MSF «A Fair Shot», Pfizer et GSK [les deux principaux producteurs de ce vaccin] ont finalement annoncé qu’ils proposeraient un prix d’environ 9 dollars par enfant aux organisations humanitaires pour les cas d’urgence. C’est une baisse significative lorsque l’on compare aux prix précédemment en vigueur.

    Grâce à cela, nous pouvons protéger plus d’enfants vivant dans des zones de conflit ou d’autres régions où travaillent des organisations humanitaires.

    Mais Pfizer et GSK devraient également baisser le prix du vaccin contre la pneumonie de façon générale et pour tous les pays, car de nombreux pays à revenu faible et intermédiaire ne peuvent inclure le vaccin contre la pneumonie dans leur calendrier de vaccination infantile, et ce, à cause du prix trop élevé de ce vaccin.

    L’innovation médicale et la crise de l’accès aux médicaments prennent une dimension toujours plus globale, puisque certains défis auxquels nous faisons face depuis des dizaines d’années dans plus de 70 pays se posent désormais dans les pays en développement comme dans les pays développés. Il est temps d’admettre que les modèles actuels pour développer et vendre les médicaments ne permettent pas de fournir les traitements dont les populations ont besoin à un prix abordable. Il faut que les gouvernements et la communauté des chercheurs fassent entendre leurs voix et proposent des solutions audacieuses à un problème qui se pose à l’échelle mondiale. Autrement et simplement dit, « business as usual » sera dévastateur. »
    Els Torreele, directrice exécutive de la Campagne d’Accès de MSF

    4) Prendre en charge les blessures de guerre dans des zones de conflits armés

    230 millions
    c'est le nombre d’enfants qui vivent dans des zones ou des pays qui connaissent des conflits armés.

    Villes assiégées et bombardées, civils directement menacés : les conflits armés ont complètement changé de visage depuis la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui, la plupart des conflits se déroulent à l'intérieur des frontières d'un même pays et se situent de plus en plus souvent au cœur des zones habitées. Les populations tendent à fuir davantage dans leur propre pays et traversent moins les frontières.

    Les guerres déplacent non seulement des centaines de milliers de personnes, mais elles ont aussi pour conséquence de :

    • désorganiser des centres de santé déjà fragilisés
    • détruire les circuits d'approvisionnement de médicaments et de nourriture
    • d’engendrer des foyers de malnutrition ou des épidémies.
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    Les populations victimes d’un conflit ont besoin d’une aide médicale globale. En effet, des maladies telles que le paludisme, les infections respiratoires, les diarrhées ne s’arrêtent pas lors d’un conflit. Au contraire, les populations peuvent être encore davantage touchées par ce type de pathologies, étant donné la précarité de leurs conditions de vie, notamment quand elles doivent se réfugier en brousse par exemple. Les femmes doivent également pouvoir accoucher en toute sécurité et dans les meilleures conditions médicales possibles.

    Dans une zone de guerre, non seulement la demande de soins est fortement accrue, mais l’offre se réduit, parce que le système de santé risque d’être détruit, dévasté, dysfonctionnel ou défaillant. D’où l’importance d’accroître massivement l’aide médicale et humanitaire pour les populations piégées dans des conflits.

    Dans ces contextes d’insécurité et de violence, l'intervention de MSF porte essentiellement sur l'assistance médicale des populations et la prise en charge chirurgicale des blessés de guerre ou des victimes de violence, mais également des femmes devant accoucher d’urgence.

    Pratiquer différents types de chirurgie s’avère donc nécessaire :

    • La chirurgie d’urgence, également désignée par le concept de life saving, est une chirurgie mobile et réactive. Dans les contextes de guerre, une des problématiques auxquelles font face les équipes MSF est de réduire au maximum le temps et la distance qui séparent les chirurgiens des patients pour améliorer leurs chances de survie.
    • La chirurgie reconstructrice : les équipes chirurgicales prennent en charge des patients victimes de séquelles de guerre soit parce qu’ils n’ont pas bénéficié de soins appropriés au moment de leur accident soit parce qu'ils ont été opérés dans des conditions catastrophiques.
    • La chirurgie générale pour les populations qui n’ont pas accès aux soins. Si les missions de MSF sont régulièrement orientées sur de la chirurgie de guerre, elles incluent également la chirurgie générale et obstétrique (hernie, césarienne).

    Face à la destruction des structures médicales et souvent à la fuite du personnel de santé, il est aussi impératif pour MSF de pouvoir fournir à ces populations un accès aux soins de santé de base. Cet accès aux soins peut être assuré par l’installation d’un dispensaire, mais également en organisant des cliniques mobiles, qui ont l’avantage de pouvoir se déplacer en cas de mouvements de populations.

    Les enfants sont trop souvent les premières victimes de conflits armés. Selon l’ONU, plus de 230 millions d’enfants (soit près d’un enfant sur dix dans le monde) vivent dans des zones ou des pays qui connaissent des conflits armés. Les soins basiques à dispenser aux enfants ne doivent donc pas être négligés. Ils sont trop souvent les plus vulnérables face à des épidémies par exemple.

    Les besoins médicaux de ces patients [les blessés par balles réelles lors des manifestations de la « grande marche du retour » entre mars 2018 et décembre 2019 à Gaza] sont toujours immenses. Beaucoup nécessitent des procédures complexes et leur traitement prend généralement des mois, voire des années. Certains ont perdu plusieurs centimètres d'os et d'importants morceaux de chair. Ils ont subi plusieurs opérations chirurgicales mais sont toujours traités avec des fixateurs métalliques, ce qui rend la douleur permanente. »
    Christophe Garnier, coordinateur de projet MSF à Gaza

    5) Ne pas négliger certaines maladies

    Maladie de Chagas, ulcère de Buruli, maladie du sommeil, leishmaniose viscérale, paludisme... Si ces maladies tropicales sont pour certaines largement méconnues du grand public, elles touchent pourtant chaque année des millions de personnes.

    Certaines d’entre elles sont mortelles, d’autres provoquent des lésions graves, elles concernent majoritairement les pays en voie de développement, et sont globalement délaissées par la recherche médicale et les industries pharmaceutiques.

    Entre 1975 et 2000, sur 1 400 médicaments considérés comme innovants, seuls 13 d’entre eux, soit environ 1 %, étaient consacrés aux maladies tropicales. Et entre 2000 et 2011, 4 % seulement des médicaments enregistrés étaient destinées à lutter contre le paludisme, la tuberculose et les autres maladies négligées.

    1%
    c'est le pourcentage de médicaments considérés comme innovants consacrés aux maladies tropicales.
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    Le besoin d'innover pour avoir des outils efficaces disponibles

    Largement méconnu dans les pays riches (bien qu’il soit également présent dans le bassin méditerranéen), le kala-azar, un terme hindi signifiant « fièvre noire », est une maladie parasitaire tropicale transmise par la piqûre de certains types de phlébotomes.

    Selon les estimations, il y aurait de 50 000 à 90 000 cas par an, dont 90% se concentrent au Brésil, en Éthiopie, en Inde, au Kenya, en Somalie, au Soudan du Sud et au Soudan, où cette maladie est endémique. Le kala-azar se caractérise par de la fièvre, une perte de poids, une hypertrophie du foie et de la rate, de l’anémie et des déficiences du système immunitaire.

    Sans traitement, le kala-azar est presque toujours mortel. En Asie, des tests rapides permettent de le diagnostiquer. Ces tests ne sont toutefois pas suffisamment sensibles pour l’Afrique, où le diagnostic requiert souvent l’examen au microscope de prélèvements de la rate, de la moelle osseuse ou des ganglions. Ces procédures invasives et pénibles exigent des ressources rarement disponibles dans les pays en développement.

    Aujourd’hui, l’amphotéricine B liposomale utilisée seule ou en combinaison avec un autre médicament s’impose comme le traitement de première intention en Asie. Bien qu’elle soit plus sûre et prescrite sur une période plus courte que les traitements précédents, son administration par voie intraveineuse demeure un obstacle à une utilisation dans les centres de soins de santé primaires. La miltefosine, un médicament administré oralement, est souvent ajoutée pour optimiser le traitement chez les patients. En Afrique, la meilleure option thérapeutique reste un traitement combinant antimoniés pentavalents et paromomycine. Mais elle est toxique et requiert des injections nombreuses et douloureuses.

    La co-infection kala-azar/VIH pose également un défi majeur. Car ces deux maladies s’influencent mutuellement en un cercle vicieux à mesure qu’elles attaquent et affaiblissent le système immunitaire.

    Favoriser l'accès aux outils existants

    Les traitements peuvent exister, mais les personnes qui en ont besoin ne pas y avoir accès. Ainsi bien que des traitements efficaces et abordables existent pour soigner les personnes empoisonnées par du venin de serpent, la grande majorité des gens n’y ont pas accès.

    Chaque année, les morsures de serpents venimeux, inscrites sur la liste des maladies tropicales négligées de l'Organisation mondiale de la Santé, touchent environ 2,7 millions de personnes. Elles sont la cause de plus de 100 000 décès et engendrent des difformités et incapacités physiques à vie chez 400 000 personnes supplémentaires. 

    En raison de leur masse corporelle plus faible, les enfants sont particulièrement susceptibles de mourir ou de souffrir d’un handicap suite à la morsure d’un serpent venimeux.

    Chaque année, les morsures de serpent entraînent au moins 40 fois plus de décès et au moins 60 fois de plus de handicaps graves et permanents que les mines terrestres.

    Des médicaments, appelés antivenins, représentent le seul traitement efficace contre les morsures de serpent. Grâce à des antivenins de qualité, il est possible de prévenir ou de contrer les effets nocifs causés par le venin de serpent et ainsi sauver des vies. Les fluides par voie intraveineuse et les appareils respiratoires ont également une importance vitale, mais sont rarement disponibles.

    De nombreuses vies pourraient être sauvées dans le monde si les victimes de morsures de serpents avaient accès rapidement à des soins efficaces.

    Il est essentiel que la recherche et développement soient orientés vers le public, car il est impossible de compter sur la loi du marché pour obtenir des outils efficaces, accessibles et abordables pour les populations affectées. Nous rappelons que la première étape pour la sécurité sanitaire mondiale est la santé individuelle, y compris pour les personnes les plus malades et les plus vulnérables. »