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Bangladesh

Rohingyas : trois ans d’exil dans les camps de Cox's Bazar

Un membre du personnel de MSF observe le camp de réfugiés de Jamtoli à Cox's Bazar, au sud-est du Bangladesh. Août 2020. © Hasnat Sohan/MSF
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Il y a trois ans débutait une répression féroce menée par l’armée birmane contre les Rohingyas vivant dans l’État de Rakhine, au Myanmar. En quelques mois, les violences des forces gouvernementales ont forcé des centaines de milliers de personnes appartenant à cette communauté musulmane à fuir vers le Bangladesh voisin.

    Trois ans après, les Rohingyas sont toujours victimes de violences et de discriminations au Myanmar et continuent de fuir le pays. Ceux qui ont réussi à gagner le Bangladesh survivent au jour le jour dans les camps de Kutupalong, à Cox’s Bazar, où MSF intervient.

    Après leur exode massif de l'automne 2017, les réfugiés rohingyas se sont établis dans les camp de Kutupalong à Cox's Bazar au Bangladesh.

    Aujourd’hui, ils sont plus de 860 000 à y vivre sur seulement 26 kilomètres carrés. Leur absence de statut juridique et les restrictions de mouvement dont ils font l'objet les empêchent, entre autres, d’accéder aux soins.

    Avant l'afflux de réfugiés en 2017, nous recevions en moyenne 150 à 180 patients par jour. En l’espace d’un mois, nous avons commencé à voir 500 à 600 patients quotidiennement.
    Tarikul Islam, chef de l’équipe médicale MSF à Kutupalong

    À Cox’s Bazar, MSF gère 10 hôpitaux et centres de santé qui proposent des services d’urgence, des soins intensifs, pédiatriques, de santé sexuelle et reproductive.

    Les victimes de violences sexuelles et les personnes atteintes de maladie chronique y sont également prises en charge. 

    « Avant l'afflux de réfugiés en 2017, nous recevions en moyenne 150 à 180 patients par jour. En l’espace d’un mois, nous avons commencé à voir 500 à 600 patients quotidiennement : la majorité des patients souffrent d'infections respiratoires, de maladies diarrhéiques ou d'infections cutanées. Un nombre important d’entre eux présente des maladies psychiatriques, renforcées par leurs conditions de vie désastreuses dans les camps », détaille Tarikul Islam, chef de l’équipe médicale MSF à Kutupalong.

    Parce que leur accès aux soins est très limité, la plupart des Rohingyas n’ont jamais été vaccinés, ce qui les expose à un risque beaucoup plus élevé face à des maladies infectieuses comme la rougeole, la diphtérie et le choléra : un risque démultiplié par la surpopulation dans les camps et leurs conditions de vie.

    Des conditions de vie délétères

    Aujourd’hui, les camps de Kutupalong bénéficient de meilleures routes, de davantage de latrines et de points d'eau potable.

    Mais les réfugiés dépendent des distributions d'eau, de nourriture et de carburant, et doivent attendre des heures pour accéder à ces services. L'eau qu'ils reçoivent est à peine suffisante pour boire et cuisiner.

    Des inondations causées par la mousson entraînent chaque année des glissements de terrain et menacent leurs habitations.

    Ces conditions de vie insalubres sont à l'origine des maladies infectieuses, des infections respiratoires, intestinales et cutanées dont souffre la population.

    Depuis août 2017, MSF a traité plus de 7 600 patients atteints de diphtérie et plus de 9 000 autres suspectés d’avoir attrapé la rougeole. Avant le Covid-19, environ un tiers de toutes les consultations de MSF concernait des infections des voies respiratoires.

    « Les patients arrivent souvent tard dans les centres de santé, à un stade très avancé de la maladie et avec des complications. C’est beaucoup plus dur pour nous de les soigner », explique Ferdyoli Porcel, pédiatre MSF à Cox's Bazar.

    Les soins de santé secondaires et les services spécialisés sont très limités, particulièrement les soins pédiatriques, obstétriques et néonatals. Les hôpitaux gérés par MSF ne sont par exemple pas en mesure d’effectuer des chirurgies complexes.

    Au cours des six premiers mois de 2020, les équipes MSF ont effectué près de 173 000 consultations ambulatoires et d'urgence ; admis plus de 9 160 patients pour des soins ; fourni plus de 22 640 consultations prénatales et assisté plus de 2 000 accouchements. Les équipes ont également donné plus de 14 250 consultations individuelles en santé mentale.

    Peu d'espoir pour le futur

    En trois ans, les équipes MSF ont vu un nombre croissant de personnes souffrant de problèmes de santé mentale dans leurs établissements de santé à Cox’s Bazar.

    Les conditions de vie, l'accès limité aux services de base et l’incertitude du lendemain renforcent l'anxiété déjà existante au sein de la communauté rohingya, du fait de leur exode et des violences auxquelles ils ont été confrontés.

    De 2017 à juin 2020, MSF a réalisé plus de 60 691 consultations individuelles et 75 500 consultations de groupe en santé mentale.

    Les équipes ont constaté que de nombreux réfugiés souffrent de flashbacks, de crises de panique, de cauchemars et d'insomnies récurrents. Beaucoup sont atteints de syndrome de stress post-traumatique et souffrent de dépression. Des personnes atteintes de bipolarité et de schizophrénie sont également accompagnées.

    « J'ai quitté le Myanmar parce que ma maison a été incendiée : ils ont tué et torturé tout le monde, harcelé nos femmes. Nous avons mis trois jours pour rejoindre le Bangladesh. C'était difficile car la route était très dangereuse », raconte Abu Siddik, un réfugié rohingya qui vit à Cox's Bazar depuis 3 ans. 

    La menace du Covid-19

    Le premier cas de Covid-19 dans les camps de Kutupalong a été confirmé le 15 mai dernier. La surpopulation et le manque d'accès à l'eau et au savon exposent les réfugiés rohingyas à un risque élevé de propagation du virus.

    Face au risque épidémique dans les camps, MSF a dû adapter ses activités.

    Les équipes MSF ont ainsi mis en place des salles d’isolement dans toutes leurs structures médicales à Cox’s Bazar et dédié deux de leurs centres de santé au traitement du coronavirus. 

    Depuis janvier, elles ont dispensé plus de 224 000 séances de promotion de la santé, pour notamment sensibiliser les communautés aux mesures de contrôle et de prévention des infections. 

    « Certains patients n'admettent pas ressentir de symptômes similaires à ceux du coronavirus, parce qu'ils pensent qu'ils vont être traités différemment », explique Tarikul Islam, chef de l’équipe médicale MSF à Cox's Bazar. 

    Les restrictions de mouvements pour limiter la propagation du virus et la peur de le contracter dans un centre de santé ont entraîné une baisse des consultations médicales.

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    Jobaida a accouché à l'hôpital MSF de Goyalmara. Elle et son nouveau-né ont passé six jours dans l'unité de soins intensifs néonatals, où ils ont été testés pour le Covid-19.

    « Le résultat du test était positif, j'ai donc été transférée en salle d'isolement avec mon bébé. Nous y sommes restés 12 jours. J'avais peur parce que dans notre communauté, le coronavirus est associé à la mort. Mais les médecins et les infirmiers sont venus tous les jours vérifier mon état de santé. Ils n’avaient pas l’air d’avoir peur de moi, même si j'étais contagieuse, ce qui m'a aidé à me sentir moins stigmatisée », raconte Jobaida.